‘Le Cimetière du Diable’

LE CIMETIÈRE DU DIABLE

Année de parution : 2011
Nombre de pages : 452
Genre : Fantastique
Édition : Sonatine


Quatrième de couverture
Vous n’avez pas lu Le Livre sans nom ? Vous êtes donc encore de ce monde, et c’est tant mieux. Vous allez pouvoir assister à un spectacle sans précédent, mettant en scène Judy Garland, James Brown, Johnny Cash, les Blues Brothers, Kurt Cobain, Elvis Presley, Janis Joplin, Freddie Mercury, Michael Jackson… et le Bourbon Kid.

Les héros du Livre sans nom se retrouvent cette fois dans une délicieuse petite bourgade en plein milieu du désert pour assister à un festival de musique au nom prometteur : Back from the dead. Imaginez un Dix petits nègres rock revu et corrigé par Quentin Tarantino… Vous y êtes ? C’est encore mieux !


Première chose essentielle à connaître avant de démarrer la lecture : ce troisième tome de la célèbre saga consacrée au Bourbon Kid est en réalité un préquel au Livre sans Nom. Un étrange retour en arrière pour le héros le plus badass de tout Santa Mondega. Passé ce (petit) moment de déception, le lecteur est une nouvelle fois propulsé dans une histoire totalement loufoque.

TOUT VA BIEN

Alors que le Kid se dirige droit vers le Cimetière du Diable après avoir provoqué un énième carnage, un spectacle sans commune mesure s’apprête à débuter à l’hôtel Pasadena, lieu de pèlerinage pour de nombreux amateurs de musique en cette veille d’Halloween. Ah oui, car nous sommes le 31 octobre. Une date charnière dans l’univers du Kid. Cette fois-ci, un concours de chant est le centre de toutes les attentions : Back From the Dead. Tout un programme. Des sosies de chanteurs — et chanteuses — défunt(e)s face à un public déchaîné, des tueurs à gages empilant les cadavres à la pelle. Tout. Va. Bien.
L’auteur sans nom nous promène une nouvelle fois dans son univers déjanté. Un bon gros n’importe quoi modelé avec humour, ptète un peu d’amour aussi, le tout joyeusement enrichi d’une belle prose d’enculé. Nan parce que faut être clair : cet écrivain brise complètement les codes et se défoule dans ses histoires. Il faudrait compter le nombre d’injures au m², le résultat doit être faramineux. Néanmoins, il gère parfaitement ses ingrédients. Bastons, gros méchants, humour grinçant, décors savamment sélectionnés, pléiade de personnages tous aussi allumés les uns que les autres. Une véritable tornade qui s’abat sur le pauvre lecteur. Et pourtant, force est de constater qu’on en redemande. À travers une critique à peine voilée des shows à l’américaine qui pullulent sur petit écran depuis déjà pas mal d’années, Anonyme se délecte en proposant (encore) un récit déluré.

RÉFÉRENCES

Retour au concours de chant. James Brown, Freddie Mercury, Kurt Cobain, Elvis,… L’auteur s’est manifestement fait plaisir en mettant en scène ces références populaires. Mais, car il y a un mais, il sera sans pitié envers eux. Certains morfleront, d’autres tireront leur épingle du jeu. Le gagnant du concours repartira avec un million de dollars. Une somme colossale attirant les convoitises. Et les appels aux meurtres. Ça tombe bien, le Bourbon Kid est de passage et il est en forme. En très grande forme. Mais il n’est pas tout seul…
Nous retrouvons ici quelques personnages du Livre sans Nom et de sa suite : Elvis, Annabel et Sanchez. Ce dernier est, on peut le dire, indissociable à la saga. À l’instar d’Elvis et son charisme surnaturel, Sanchez possède un trait de caractère qui lui est propre : sa lâcheté. Un gros lard qui sacrifierait sa propre mère pour sauver son cul. Fourbe, vicieux, pervers, cet homme aux multiples qualités est là pour nous faire marrer, et ça marche. L’auteur part toujours dans l’exagération assumée, s’amusant à mettre un foutoir pas possible dans son récit.
Malgré quelques longueurs, notamment lorsqu’on assiste aux épreuves de chants, le contrat est rempli.

DU MÊME AUTEUR
Le Livre sans Nom
L’Œil de la Lune
Psycho Killer

Bon vent à toi, Chester…

Chester Bennington est décédé le 20 juillet 2017. Une disparition soudaine, difficile à digérer. Car pour moi, Linkin Park est bien plus qu’un groupe cantonné au succès fracassant d’Hybrid Theory, son album phare sorti en 2001. Accueilli comme une révélation de la scène nu métal, genre tant décrié par les amateurs de métal, les californiens avaient su créer un style unique, dont les mélodies restent gravées dans la mémoire de nombreuses personnes, presque vingt ans après sa sortie.
Avec sa suite Meteora, copié-collé du premier mais toujours aussi jouissif, Linkin Park confirmait et s’imposait comme une référence majeure. Et je savais à cet instant que je suivrai et surveillerai chaque nouvel album. Je n’ai jamais été déçu. Jusqu’au dernier, One More Light, sorti en mai 2017. Ce que je retiens de LP, c’est qu’ils auront osé. Quinze ans de pur bonheur auditif, où chaque piste devenait une totale découverte, en me demandant quelles surprises ils avaient concoctés. Énormément de chansons sont liées à des événements de ma vie, comme une bande originale d’un film. Une putain de B.O. qui m’accompagne quotidiennement depuis mon adolescence. In The End me rappelle mon professeur de musique qui faisait genre de pianoter dans le vide en se concentrant sur les notes du synthé au début. C’était en quatrième, j’avais quatorze ans. J’en ai vingt-neuf à l’heure où j’écris cet article, et jamais je ne me suis séparé de ce groupe. La voix de Chester était un compagnon de voyage. Mon voyage. Il continuera sans lui désormais. J’ai le sentiment d’avoir perdu un ami, qu’une partie de mon être a été violemment arraché.

Somewhere I Belong, je me souviens de mon grand frère qui m’avait prévenu qu’elle passait à la radio pour la première fois. J’avais mis le volume à fond et coller mes oreilles contre le vieux lecteur CD-MP3. What I’ve Done ramène à ma première cuite. Vodka orange. Un gars à la soirée me parlait de son amour pour Linkin Park et nous faisait découvrir Minutes to Midnight. Il a eu un accident de voiture un an plus tard. Cette chanson me fait immanquablement penser à lui. A Thousand Suns est un album formidable, magnifique, surprenant. The Messenger est la première ballade du groupe, avec la voix de Chester, plus tiraillée que jamais. Living Things, je l’écoutais en continu quand j’ai débarqué sur Nantes. La fin des études, bienvenue dans le monde du travail. Chester et ses amis étaient là, posant leurs instruments dans mon petit studio, soir après soir.
Je me souviens d’Annie qui rigolait car je passais en boucle Castle of Glass. Une tuerie. The Hunting Party, en 2014, date de leur retour en mode agressif. Les clips qui défilaient, la coloc, l’album coincé en repeat dans le lecteur CD de la bagnole. Avec Final Masquerade, qui me suivait le soir quand je rentrais du sport en ayant qu’une hâte, celle de retrouver ma femme. Un album qu’on m’a volé en plus. Bullshit.

Puis vint One More Light. Au printemps 2017 donc. Ceux qui n’ont toujours pas accepter l’évolution musicale du groupe se déchaînent de plus belle, certains affirmant sans la moindre hésitation que cet album équivaut à du Justien Bieber, mais en moins bien. Oui, oui, oui…
Rester enfermé dans un son datant de presque vingt ans, aussi bon soit-il, et réduire Linkin Park à Hybrid Theory est pour moi une insulte envers ces musiciens. Repousser leurs limites, innover, aussi bien dans la musique que dans les textes. Sans cesse se renouveler… Ce sont là les fondements du groupe.
Cet album pop ne m’a pas plu au départ. Puis, à l’instar des précédents, il n’a plus quitter ma playlist. One More Light, la chanson éponyme, sublime, qui m’évoque la maladie de ma mère. Sharp Edges, où comment les frissons se propagent sur ma peau. Il n’y a rien à jeter, absolument rien. Je suis triste, très triste, car j’ai perdu un ami. Nous ne nous connaissions pas, mais Chester aura été là, à chaque moment, prêt à donner de sa voix.

« And you’re angry, and you should be, it’s not fair »

Merci pour tout.

‘Réminiscence’ de Gilles Caillot

GILLES CAILLOT- RÉMINISCENCE

Année de parution : 2011
Nombre de pages : 273
Genre : Thriller
Édition : Lune Écarlate


Quatrième de couverture
Un homme enlevé à Paris. Des corps décapités et démembrés. Un douloureux souvenir qui remonte à la surface…
Il croyait en avoir fini avec l’horreur mais c’était sans compter sur la folie humaine.
Un jeu de piste morbide. Entre l’Ardèche méridionale à la cité lyonnaise, le capitaine Zanetti, accompagné de Lucie Armand et de Richard Toulalan, va vivre cette enquête comme une véritable course contre la mort. Une seule idée en tête : celle de sauver son frère…


Un disque dur externe au contenu immonde. Un forum où défile les pires perversions.
Un an s’est écoulé depuis l’affaire Jaryd Massal, une enquête délicate qui aura profondément marqué le capitaine Zanetti. Le franco-italien panse ses plaies, tentant d’oublier les atrocités en partant se réfugier en Ardèche, où se trouve une ancienne maison familiale. Un repos salutaire au cœur du village médiéval de Ruoms mais qui sera de courte durée. Les psychopathes, eux, ne prennent pas de congés.

EXCÈS

Alors que Lucie, la jeune cryptographe intégrée au groupe de la Criminelle, prend son mal en patience en attendant le retour de Zanetti, le frère de ce dernier se fait violemment kidnapper. Le début d’une bonne dose d’emmerdes pour le flic. Sans oublier un obscur prologue se déroulant en 1978, Gilles Caillot ferre immédiatement le lecteur. Les cadavres ne vont pas tarder à arriver, accrochez vos ceintures.
L’auteur ne laisse aucun répit et enchaîne de très courts chapitres, faisant défiler les informations sans laisser assez de temps pour les digérer. Perturbée par l’absence de Zanetti, Lucie arrive à percer le coffre-fort du disque externe et pénètre dans un monde d’horreurs, dans la droite lignée des snuffs résultant de la précédente affaire.
Des femmes qui disparaissent, abandonnés dans des cavités terreuses et humides, avec pour seule compagnie une caméra filmant leur agonie. La coupe est pleine pour Lucie, qui ne peut rester aveugle face à cette cruauté. Durant ce temps, Massimo, profitant des joies de la pêche et des vacances, reçoit un colis. Les réjouissances sont lancées. Le sang va couler. Excessivement.

NERVEUX

Le cycle du mal, tome deux. Gilles Caillot ne fait toujours pas dans la finesse. Tant mieux, après tout c’est bien pour cela que l’on choisit de lire cet auteur. Après un premier tome aux idées intéressantes mais pas assez abouties, le lyonnais revient avec son flic fétiche. Le récit carbure, c’est un fait, et les successions rapides des chapitres donne un côté nerveux à l’ensemble. Bémol, la plume de l’auteur peine à l’être. Trop d’incompréhensions et d’invraisemblances jonchent le fil de l’histoire, et ce n’est pas l’épaisse couche d’hémoglobine qui parvient à masquer ces faiblesses. Les idées sont, encore une fois, bien présentes, l’originalité aussi, mais il y a un sentiment d’inachevé. D’inexploité. Les nombreux dédales dans lesquels veut nous orienter Caillot finissent rapidement par perdre de leur attrait, rendant ennuyeux ce qui au départ paraissait être un bon thriller bien bourrin. Les dialogues gagnent cependant en fluidité si l’on compare à L’Ange du Mal, tout comme le déroulement de l’enquête en général. Un gros point positif, qu’un dénouement hélas sans saveur vient gâcher.

DU MÊME AUTEUR
L’Ange du Mal

‘Le Voleur de Regards’ de Sebastian Fitzek

SEBASTIAN FITZEK – LE VOLEUR DE REGARDS

Année de parution : 2013
Nombre de pages : 391
Genre : Thriller
Édition : l’Archipel


Quatrième de couverture
Une vague de crimes d’une cruauté sans précédent s’abat sur Berlin. Un tueur en série s’infiltre dans les foyers en l’absence du père de famille, tue la mère, enlève l’enfant et accorde un ultimatum à la police pour le retrouver. Passé cet ultimatum, l’enfant est assassiné. En référence à l’œil gauche qu’il prélève sur ses victimes, les médias lui ont attribué un surnom : le Voleur de regards…
Alexander Zorbach, un ancien policier devenu journaliste, se rend sur une nouvelle scène de crime. Une mère de famille a été assassinée et son fils de 9 ans a disparu. Alexander se retrouve pris dans l’engrenage du jeu machiavélique auquel se livre le Voleur de regards, qui veut lui faire porter le chapeau. Zorbach a 45 heures pour retrouver l’enfant et prouver son innocence. Le compte à rebours est lancé…


Alexander Zorbach est journaliste pour un torchon local, rubrique faits divers. Radié de la police des années auparavant pour une bévue ayant conduit à la mort d’un suspect, ce nouveau métier lui permet de côtoyer le terrain, et donc de rester proche de ses anciennes activités. Alors que l’Allemagne est secouée par les agissements d’un redoutable tueur en série, Zorbach se retrouve malgré lui projeté au cœur de l’enquête,  devenant le suspect principal aux yeux des autorités. Un coup de théâtre qu’il n’arrive pas à expliquer, auquel s’ensuit une rencontre qui va bouleverser son existence…

DÉSAGRÉABLE

Le Voleur de Regards est le second roman de Fitzek à parvenir entre mes mains, après l’excellent Thérapie. Je garde un bon souvenir de ce dernier, c’est donc avec plaisir et curiosité que j’ai voulu en découvrir plus sur cet auteur. Pleack étant un grand admirateur de l’allemand, je me suis laissé convaincre dans ce choix, persuadé d’y trouver-là une lecture haletante nimbée d’un voile mystérieux. Un truc qui prends aux tripes quoi. Mais comme le dit si bien l’adage, les vérités d’hier… ne sont pas forcément celles d’aujourd’hui. Seules les vingt dernières pages, et encore, m’ont maintenu éveillé. C’est peu. Et quand je lis les commentaires flatteurs émanant des blogs et des sites spécialisés, j’ai la désagréable sensation d’être passé au travers de ma lecture. Frustrant…

BROUILLON

Pour commencer, Fitzek nous plonge brutalement dans l’épicentre de l’action. Un départ canon, certes. Mais brouillon. Une distribution des cartes trop rapide, qui ne laisse pas le loisir de faire connaissance avec la galerie des personnages. Zorbach, ou plutôt le jour fatidique de son existence, est présenté en préambule. Une entrée en matière intéressante mais dont l’écriture n’a pas su me captiver.

MANQUE D’INTENSITÉ

Dès lors, difficile d’accrocher le bon wagon et de suivre convenablement la cadence. Les pages défilent mais rien ne s’imprime. Un contenu vide de sens qui n’aura pas attiser mon appétit de lecteur. L’enquête menée par Zorbach et ses acolytes repose sur un rythme soporifique et la quête menant au dénouement est longue, avec des rebondissements manquant d’intensité. Reste le twist final. La marque Fitzek.
Un retournement inattendu, ingénieux, mais qui ne masque pas le sentiment de déception qui ressort de cette histoire.

DU MÊME AUTEUR
Thérapie

‘Patients’ de Grand Corps Malade

GRAND CORPS MALADE – PATIENTS

Année de parution : 2012
Nombre de pages : 163
Édition : Don Quichotte


Synopsis
Il y a une quinzaine d’années, en chahutant avec des amis, le jeune Fabien, pas encore vingt ans, fait un plongeon dans une piscine. Il heurte le fond du bassin, dont l’eau n’est pas assez profonde, et se déplace les vertèbres. Bien qu’on lui annonce qu’il restera probablement paralysé à vie, il retrouve peu à peu l’usage de ses jambes après une année de rééducation. Dans son livre, où il se fait pour la première fois auteur d’un récit en prose, il raconte, avec humour, dérision et beaucoup d’émotion, les douze mois passés en centre de rééducation et relate les aventures tragiques mais aussi cocasses vécues par lui et ses colocataires d’infortune.


Qu’il est bon parfois de s’aventurer hors des sentiers balisés. Moi qui suis amateur de frissons d’horreur, j’ai voulu me laisser tenter par cette courte « biographie » signée Fabien Marsaud, plus connu sous le pseudonyme de Grand Corps Malade. Véritable hymne à la vie, bouffée d’espoir vivifiante, ce livre empreint de respect et d’humilité pourrait (devrait ?) être lu par le plus grand nombre. Facile d’accès, une écriture simple, sans fioritures, une histoire qui se lit très vite : on penserait presque tenir entre les mains un roman jeunesse, mis à part la gravité du sujet qui ne laisse guère place au doute.

DÉRISION

Fabien Marsaud à vingt ans lorsque sa vie bascule. Passionné de sport, promis à un brillant avenir sportif, un accident de piscine brise l’élan du jeune homme. Vertèbres déplacées, admission aux urgences, lourde opération. Direction le centre de rééducation ou, comme il le dit lui-même, il rencontrera toute la crème du handicap bien lourd. Décrivant sans pudeur son nouveau quotidien, Fabien propose des séquences de vie, morceaux de situations vécues alternant entre humour et dérision, sans verser une seule fois dans le pathos. Pas un mince exploit au vu du contenu.

DÉLUGE D’ÉMOTIONS

Car si cet ouvrage dégage une telle intensité, c’est bien grâce à son humour omniprésent. En effet, impossible de ne pas sourire en imaginant les situations complètement saugrenues émaillant le séjour au centre. Je dois bien avouer que je n’avais pas autant ri en lisant un livre  depuis… heu… très longtemps. Impensable quand on imagine le degré de souffrance physique et morale de ces personnes handicapés. En choisissant la carte de la dérision, le message est clair : il ne faut jamais baisser les bras, même devant les pires épreuves. Et puis, quand on croit être au fond du gouffre, il suffit de regarder à côté pour comprendre qu’il y a toujours moins bien loti.
Que l’herbe n’est pas verte ailleurs.

C’est beau et puissant à la fois. Patients libère un déluge d’émotions auquel il est difficile de résister. Entre les amitiés qui se créées, les tensions qui se révèlent si insignifiantes au sein d’un tel univers et les confidences intimes, le slameur écrit là un petit bijou d’authenticité. J’aurais délaissé, le temps d’une lecture, les frissons d’horreurs à ceux procurés par une chaleur fraternelle. Sans regrets.