‘Un Cri sous la Glace’ de Camilla Grebe

CAMILLA GREBE – UN CRI SOUS LA GLACE

Année de parution : 2017
Nombre de pages : 446
Genre : Thriller
Édition : Calmann-Lévy


Quatrième de couverture
Emma, jeune Suédoise, cache un secret : Jesper, le grand patron qui dirige l’empire dans lequel elle travaille, lui a demandé sa main. Il ne veut cependant pas qu’elle ébruite la nouvelle. Deux mois plus tard, Jesper disparait sans laisser de traces et l’on retrouve dans sa superbe maison le cadavre d’une femme, la tête tranchée, que personne ne parvient à identifier.
Peter, policier émérite, et Hanne, profileuse de talent, sont mis en tandem pour enquêter. Seul hic, ils ne se sont pas reparlés depuis leur rupture amoureuse dix ans plus tôt. Et Hanne a aussi un secret : elle vient d’apprendre que ses jours sont comptés.

S’ensuit un double récit étourdissant où chaque personnage s’avère cacher des zones d’ombres. À qui donc se fier pour résoudre l’enquête ?


Jesper Orre est un magnat de l’industrie textile. Directeur d’une chaîne de prêt-à-porter à l’incroyable expansion, l’homme est connu pour ses méthodes de gestions drastiques et son goût prononcé pour les jeunes femmes. Régulièrement mis au cœur de scandales sexuels, il traîne derrière lui une réputation sulfureuse. Alors quand la police découvre chez lui le corps décapité d’une femme, l’émoi est considérable. Qui a pu commettre un tel crime ? L’homme d’affaires est d’emblée le principal suspect mais les enquêteurs ne parviennent pas à le localiser. Bientôt, ils vont devoir se rendre à l’évidence : Jesper Orre a disparu.

L’AMOUR

Le thriller psychologique est un genre très apprécié pour sa capacité à berner le lecteur, lequel s’enfonce progressivement dans ce qu’il croit être le chemin de la vérité avant d’être brutalement dépouillé de ses maigres certitudes. Avant le final qui achève ses bribes de certitudes. Une droite dans la gueule, en somme. Dès lors, le défi est de taille. Un Cri sous la Glace est plébiscité depuis sa sortie en février 2017,  l’auteure étant qualifiée de nouvelle star du polar suédois. Une attente considérable pour ce roman venu du froid nordique. Le découpage de l’intrigue est intéressant, avec trois points de vue qui se succèdent à tour de rôle. Trois personnages amochés, cabossés par les surprises pas toujours roses que réserve la vie. Le déroulement de l’histoire se fait autour d’eux, et Camilla Grebe compose avec ces destins déchirés pour concocter une énigme qui prend, hélas, peu de consistance. Gravitant autour du thème de l’amour, le récit propose une version éloignée du cadre bucolique que l’on peut supposer.

TRADITIONNEL

L’auteure préfère y dévoiler son obscure facette, étalant les ravages et les déviances que cette drogue universelle est capable de provoquer. Cela amène à des êtres lessivés, doutant de leurs capacités, de leurs actes passés et présents. On est loin des bécanes rutilantes et inébranlables de bon nombre de thriller. Le rythme est lent, les indices arrivent au compte-goutte. Rien de bien nouveau, la recette traditionnelle est appliquée avec soin, et ça marche. Mais là où les yeux devraient pétiller, lors des ultimes révélations, le regard reste terne, sans éclat. Certains pans de l’intrigue peuvent être devinés à l’avance, du moins peut-on s’en faire une idée précise. Frustrant. L’intrigue s’annonce excellente, gagne un peu en intensité pour dégonfler dangereusement vers la fin, laissant une incompréhension quant à la légitimité de certains passages.

‘Que ta volonté soit faite’ de Maxime Chattam

MAXIME CHATTAM – QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE

Année de parution : 2015
Nombre de pages : 368
Genre : Thriller
Édition : Albin Michel


Quatrième de couverture
Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis… S’il n’y avait Jon Petersen. Il est ce que l’humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin. Et là… sans doute réveillera-t-il l’envie de tuer qui sommeille en vous.


Jon Petersen est un gars du Midwest. Carson Mills pour être précis. À l’image de sa ville natale, celui-ci est un peu paumé, isolé du reste du monde. Et quitte à taper dans le cliché, ce garçon élevé à la ferme s’est malheureusement fait griller quelques neurones par le soleil cuisant de sa région. Pas de chance là-aussi, car son capital d’empathie a fondu en même temps que les câbles ont surchauffés. Ce qui aboutit à un être pas forcément recommandable, dépourvu de compassion, dont l’humanité s’effiloche pour n’en rester qu’un fil sans consistance. Un portrait peu reluisant, dont Maxime Chattam en extrait un pur concentré de barbarie.

TÉMOIGNAGE

L’auteur nous convie à un étonnant voyage sur les plaines arides du Midwest, d’une noirceur se traduisant par une excursion dans des contrées reculées, exemptes de toutes nouvelles technologies. Un témoignage du passé, retranscrit en un superbe hommage. Chattam retrace donc la vie de Jon Petersen. Une authentique ordure dont le passe-temps favori est de cueillir des coquelicots…
Ici, point de chevauchées filant à cent à l’heure. Pas d’explosions, ni de retournements de situations dantesques. Chattam instaure un rythme plus convenable à son enquête, conforme au paysage dans lequel a lieu le récit. Du malsain, du sordide à volonté, et voilà le shérif de Carson Mills plongé dans l’embarras. Fort de son expérience et de sa belle moustache, il va tenter d’élucider une série d’incidents brisant la tranquillité de son district. Jon est-il le coupable ? Impossible de le savoir tant les preuves sont minces.

CULOTTÉ

C’est une immersion totale dans un milieu sale et lugubre que nous propose l’écrivain. La chaleur nous écrase, les puanteurs bestiales s’infiltrent dans tous les pores de notre peau, et d’autres odeurs immorales viennent corrompre nos sens olfactifs. Au travers de ce roman noir, Chattam n’y va pas à la légère (l’a-t-il déjà fait ?) et balance quelques scènes dures, obscènes, créant un alliage délicat entre dégoût et curiosité. Une fascination presque honteuse, dont les sombres penchants sont déployés dans les dernières pages, offrant un épilogue franchement culotté. Dans ce roman, Maxime Chattam travaille sa prose comme jamais. Avec une certaine réussite. Et quand le résultat est au rendez-vous, la lecture devient vite un plaisir exquis, où l’on part à la recherche du sens des mots, de leurs valeurs. Une richesse abordable pour tous.

‘Le Serment des Limbes’ de Jean-Christophe Grangé

JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ – LE SERMENT DES LIMBES

Année de parution : 2007
Nombre de pages : 652
Genre : Thriller
Édition : Albin Michel


Quatrième de couverture
Quand on traque le Diable en personne, jusqu’où faut-il aller ?


CATHOLICISME

Luc et Matthieu sont flics au 36. Un duo hors-pair, implacable, coulé dans un métal inoxydable. Les deux hommes sont amis depuis l’adolescence, époque charnière placée sous le sceau du catholicisme. Fervents pratiquants, ils n’ont cependant pas les mêmes idéaux. Deux visions que tout oppose, deux chevaux de bataille aux antipodes, mais qui traceront une même et unique voie. Tout bascule le jour où Luc se suicide. Mort clinique. Et bien vivant. Son existence ne tient plus qu’à un fil ténu, vacillant au-dessus d’un précipice sans fond. Ce sera le point de départ d’une enquête incroyable, d’une puissance destructrice.

CHAOTIQUE

Matthieu ne croit pas à la thèse du suicide. Tous les indices abondent en ce sens, pourtant le commandant n’en démord pas : son ami ne peut pas avoir commis ce geste, affront ultime envers sa religion. Leur religion. Déterminé à mettre la lumière sur cet acte désespéré, Matthieu va remonter le cours du temps, mettant le doigt sur une enquête secrète que menait Luc. Dévoré par la curiosité et l’envie de comprendre, Matthieu suivra ce sillon pestilentiel, vecteur de morts atroces. Dévoilant peu à peu un scénario inouï, ce voyage lui fera traverser l’hexagone, pour l’envoyer aux confins de l’Europe. Une mission chaotique, sanglante. Envoûtante.

SIGNATURE

La signature Grangé est vraiment unique. De l’action pure et dure, aussi violente qu’un rail de coke, laissant peu de place aux sentiments. Le Serment des Limbes est un pavé mais il capte le lecteur d’un claquement de doigts. Un hypnotisme fou, dense et efficace. L’intrigue est une nouvelle fois énorme, tellement complexe que l’on croirait une toile d’araignée gigantesque, aux dimensions inédites. Comme un vulgaire insecte, l’auteur nous propulse sur cette fresque violente, proposant un casse-tête insolite. Une habitude chez lui. Fort d’une documentation exceptionnelle, Grangé nous paume dans un labyrinthe immense pour mieux nous en extraire, avant d’asséner un dernier coup de massue derrière la tête. Un rythme intense, des idées percutantes, mises en place avec talent. Un cocktail savoureux. Malgré la longueur du récit, la lecture n’en reste pas moins séduisante.

DU MÊME AUTEUR
Kaïken

‘Le Tueur de l’Ombre’ de Claire Favan

Le Tueur de l'Ombre

CLAIRE FAVAN – LE TUEUR DE L’OMBRE

Année de parution : 2011
Nombre de pages : 535
Genre : Thriller
Édition : Les Nouveaux Auteurs


Quatrième de couverture
Aux limites de l’insoutenable, une plongée dans les profondeurs abyssales de l’esprit du plus terrible des assassins où même le lecteur est manipulé ! Will Edwards, tueur en série de la pire espèce, parvient à s’évader grâce à un mystérieux complice. RJ Scanlon, profiler et chef d’une équipe d’enquêteurs du FBI qui l’avait lui-même mis sous les verrous, part à nouveau sur les traces de son ennemi le plus intime. Intime au point que cette évasion perturbe le couple que l’enquêteur forme désormais avec Samantha, qui n’est rien moins que… l’ex-épouse du criminel qu’elle a livré à la police. Nul doute que Will Edwards veut sa vengeance. Inexplicablement, l’assassin reste inactif et les mois s’écoulent. RJ Scanlon est dans l’impasse. Mais, lorsque les meurtres reprennent, plus cruels que jamais, Edwards frappe au plus juste avec une telle évidence que le doute s’installe. De subtiles variations dans la signature du dément sont perceptibles. Ont-ils affaire à un imitateur ? Non, bien pire…


RAPPEL

Le Tueur de l’Ombre est la suite directe du premier roman de Claire Favan : Le Tueur Intime. On ne peut plus directe même, car le récit commence au moment précis où s’achève Le Tueur Intime. L’auteure ne laisse donc aucun répit. Pas le temps de reprendre son souffle que l’on est à nouveau happé dans la vie cauchemardesque de Will Edwards. Petite piqûre de rappel, Will est présenté comme l’un des pires tueurs en série sévissant aux États-Unis. RJ Scanlon, profiler émérite, s’y casse les dents. Jamais il n’a connu un cas pareil. Tel un virtuose de la mort, le serial-killer sème ses victimes dans une symphonie parfaite dont lui seul détient les secrets.

ÉVOLUTION

Comme si une histoire ne suffisait pas, Claire Favan préfère en remettre une couche et va pousser le vice à son paroxysme dans ce second volet. Les personnages initiaux sont toujours de la partie, plus très frais et psychologiquement touchés par une bataille rudement menée. Du sang neuf arrive afin de rebooster les lignes, une nouvelle équipe se met progressivement en place. Les dés sont jetés, il n’y a plus qu’à s’enfoncer dans cette jungle, aux frontières de la folie. Will s’est échappé de prison. La tension est immense, le monstre est libéré dans la nature, prêt à frapper de nouveau. Ce qui sera le cas, mais lorsque RJ et son escouade débarquent sur la première scène de crime, rien ne va plus : Will a changé. Son empreinte a évolué, devenant plus sanglante qu’elle ne l’était auparavant.

À l’instar de l’intrigue du tueur intime, l’auteure ne fait que peu de mystères sur son récit. Elle divulgue rapidement les différents antagonistes et propose de suivre leur quotidien, d’épier leur évolution. C’est un point de vue intéressant car Will est censé être au sommet de la chaîne alimentaire. « Censé » ne veut pas dire l’être. Les compteurs sont remis à zéro et Favan dévoile un aspect pour le moins surprenant du tueur au physique d’Apollon. Sans oublier le nouvel adversaire du FBI, un « dompteur » doté d’une incroyable intelligence. Une affiche alléchante.

AMBIGU

Fort de ces qualités, Le Tueur de l’Ombre est pourtant moins incisif que son aîné. Dialogues parfois lourds et beaucoup trop développés, le rythme peine à s’emballer malgré un dernier quart enthousiasmant. Les nombreuses interventions des agents du FBI traînent en longueurs et leurs déductions m’ont fait bailler plus d’une fois. L’auteure a le souci du détail, chaque aspect de l’enquête est approfondi au maximum, comme autant d’oranges que l’on aurait pressé jusqu’à la dernière goutte, mais cela ne m’a pas emballé. La fin surprenante fait place à un dilemme ambigu : je me suis ennuyé, et pourtant j’ai globalement apprécié cette lecture. Surprenant.

DU MÊME AUTEUR
Le Tueur Intime

‘L’Œil de La Lune’

L'Œil de la Lune

L’ŒIL DE LA LUNE

Année de parution : 2011
Nombre de pages : 472
Genre : Fantastique
Édition : Sonatine


Quatrième de couverture
Personne n’a oublié le Bourbon Kid, mystérieux tueur en série aux innombrables victimes. Ni les lecteurs du Livre sans nom, ni les habitants de Santa Mondega, l’étrange cité d’Amérique du Sud, où sommeillent toujours de terribles secrets. Alors que la ville s’apprête à fêter Halloween, le Bourbon Kid célèbre, lui, le dix-huitième anniversaire de son premier homicide. Il est alors loin de se douter qu’il est devenu la proie d’une agence très spéciale. Une proie particulièrement coriace, de celles qu’il ne faut pas rater, sous peine d’une impitoyable vengeance. Mais cela n’est rien à côté de ce qui attend Santa Mondega lorsqu’une mystérieuse momie disparaît du musée local…


CARNAGE

Suite du célèbre Le Livre sans Nom, du non moins célèbre ‘Anonyme’, L’Œil de la Lune est un pur moment de lecture malsaine. Et pourtant si jouissive. Un paradoxe, car le fossé est énorme entre ces deux adjectifs. Cependant l’auteur arrive à relier ces deux mots avec une facilité déconcertante. Les tripes dégoulinent, le sang poisseux colle aux pages mais ce chaos permanent est écrit avec une telle dérision que nous sommes obligés d’en rire. Bon après, c’est sûr, le carnage qui ressort de ce roman est impressionnant, surpassant — et de loin — certains thrillers. Oui mais voilà, L’Œil de la Lune n’en est pas un. Tout comme son prédécesseur, ce livre n’est à ranger dans aucune catégorie existante.

JUBILATOIRE

Pour faire simple, la saga Bourbon Kid a créée un nouveau genre, propre à lui. Une fusion réunissant horreur, action, cartoon, et romance. Oui, romance. Sérieusement. Et pourtant, tout paraît limpide. L’histoire est imagée au possible et les scènes absurdes et cocasses qui en découlent produisent un spectacle délirant, jubilatoire. Nous retrouvons avec plaisir les personnages-clé du livre sans nom, et l’auteur en dévoile un peu plus sur le Kid. C’est propre, c’est bon, et c’est particulièrement bien emmené. Un rythme efficace, des rebondissements à foison, et le lecteur se retrouve de nouveau embarqué à Santa Mondega, ville la plus malfamée au monde. Pour son plus grand plaisir.

PRÉVISION

Si bien que l’on en redemande. Cela tombe bien, car la plume inconnue en avait prévu assez pour mener sa barque beaucoup plus loin. À suivre donc, et avec attention.

DU MÊME AUTEUR
Le Livre sans Nom
Le Cimetière du Diable
Psycho Killer