‘Rêver’ de Franck Thilliez

Comme (ne) diraient (pas) Les Inconnus : « Je suis tombé par terre, c’est la faute à… Thilliez ! »
La dernière page de ce roman à peine tournée qu’une réflexion récurrente pointe le bout de son nez. À savoir : cet auteur paufine incroyablement bien ses histoires. Une complexité folle adoucie par une plume géniale, un peu comme l’histoire de la main de fer dans un gant de velours. À force de tomber des nues à chacune de ses parutions, j’en ai mal aux fesses. Car en plus d’une intrigue au cordeau, l’écrivain fait bosser nos méninges et les manipulent comme bon lui semble.

FARDEAU

Abigaël est une psychocriminologue réputée. Une professionnelle aux expertises béton, où le hasard n’a pas sa place. Une aide précieuse pour les gendarmes. Une arme discrète, aux méthodes infaillibles. Le revers de la médaille, sévère, à la brutalité d’une gifle cinglante : la jeune femme souffre de narcolepsie sévère associée à des crises de cataplexie. Son fardeau, qu’elle cherche à dissimuler, du moins à minimiser. Peine perdue. Toute l’équipe est au courant. Cette équipe, cette famille, ce sont hommes et femmes, tous gendarmes, réunis dans un seul but : coincer l’homme que l’on surnomme Freddy. Un croquemitaine, qui emporte avec lui les rires des enfants. Quatre enfants. Ni plus, ni moins. Enlevés par intervalles espacées dans le temps ; sans liens entre eux. Des mises en scènes macabres, insondables. Dos au mur, les gendarmes perdent pied face à cet individu qui se joue de leur impuissance.
Et quand Abigaël, leur principal atout, est victime d’un coup du sort, toute cette affaire va se fracturer en une myriade de petits morceaux, telle une assiette se brisant sur le sol. Et de ces multiples éclats acérés, Thilliez mettra à l’œuvre toute sa virtuosité pour les ré-assembler, un par un. Un véritable artiste.

VIRTUOSITÉ

Franck Thilliez a beau être le maître du thriller, il pousse toujours plus loin son envie de nous surprendre. À travers ses romans diablement bien ficelés, on retrouve sa passion pour les faits scientifiques. On apprends toujours quelque chose. Toujours. C’est aussi cela qui m’attire. Il creuse à fond ses sujets, jusqu’à les connaître sur le bout des doigts. Il stocke les connaissances, les documentations à la pelle, avant de les redistribuer sous la forme d’une intrigue aux ramifications qui semblent infinies. Un arbre gigantesque, d’où une sève couleur ténèbres s’infiltre dans chaque branche. On s’y perd avec une facilité déconcertante. Ça ne loupe jamais. Les personnages sont là aussi très bien construits, et la psychologie d’Abigaël est bien évidemment le moteur principal du récit. On délaisse Sharko (même les monolithes ont besoin de calme) pour un one-shot où le doute est permanent et la méfiance est de mise. La structure du récit est surprenante, déstabilisante. Il n’y a pas qu’Abigaël que l’auteur veut rendre marteau ! C’est le genre de récit à lire deux fois pour bien se rendre compte de certaines subtilités, surtout après avoir lu ce fameux chapitre 57. The Artist.


FRANCK THILLIEZ – RÊVER

Année de parution : 2016
Nombre de pages : 597
Genre : Thriller
Édition : Fleuve Noir


Quatrième de couverture
« Pour la plupart des gens, le rêve s’arrête au réveil. »

Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres.
Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai.
Abigaël a beau être cette psychologue qu’on s’arrache sur les affaires criminelles difficiles, sa maladie survient toujours comme une invitée non désirée. Une narcolepsie sévère qui la coupe du monde plusieurs fois par jour et l’emmène dans une dimension où le rêve empiète sur la réalité. Pour les distinguer l’un de l’autre, elle n’a pas trouvé mieux que la douleur.

Comment Abigäel est-elle sortie indemne de l’accident qui lui a ravi son père et sa fille ? Par quel miracle a-t-on pu la retrouver à côté de la voiture, véritable confetti de tôle, le visage à peine touché par quelques bris de verre ? Quel secret cachait son père qui tenait tant, ce matin de décembre, à s’exiler pour deux jours en famille ? Elle qui suait sang et eau sur une affaire de disparitions depuis quelques mois va devoir mener l’enquête la plus cruciale de sa vie. Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même.

‘Les Faux Cils du Dinosaure’ de Gordon Zola

Diantre ! Fichtre !
Des scientifiques se font décimer à travers l’Europe. Les cadavres sont retrouvés mutilés, mâchouillés par ce qui semble être une bête hors du commun. Des meurtres atroces, dont on murmure que l’auteur serait un dinosaure. Un dinosaure ! Un saurien censé avoir disparu il y a 65 millions d’années !! Que c’est beau pour mes petits yeux ! Associer ce qui ressemble à un thriller à une passion qui m’a dévoré (ahah dino-dévoré… Ok ?) étant enfant, il y avait de quoi me plaire là-dedans. Sauf que l’aspect thriller est piétiné et que l’auteur a préféré lui pisser joyeusement dessus avant de le jeter à la poubelle. Loin de moi l’envie d’en dire du mal, bien au contraire.

DOGME

Une expédition en Alaska. Des scientifiques au pays des Inuits. Une découverte fabuleuse, incroyable, qui bouleversera le dogme établi. Guillaume Suitaume, le premier flic de France, a d’autres soucis. Sa sœur va se marier avec le commissaire principal du Quai des Orfèvres : Hercule Comenvetu. Son boss. Les prochains repas de famille s’annoncent radieux. Pas le temps de se plaindre, surtout qu’il en prend plein la gueule, qu’il se voit appeler d’urgence sur une scène de crime : une ethnologue retrouvée dans son laboratoire, coupée en deux. Quelques indices, pas mal d’incompréhensions et de sang sur le sol, Suitaume et son équipe de bras cassés ne savent pas trop par où commencer. Jusqu’à la découverte d’un carnet de notes de feu l’ethnologue.

THÉORIE

L’enquête policière se la jouant fine et qui aboutit au prix de nombreux rebondissements n’est pas l’objectif de ce roman. De ce poilar, comme dirait l’auteur. Certes, il y a enquête et sa structure se fait dans le classique, avec meurtres bien dégueu et mystères à tout va. Mais ça va vite ! Affaire classée en 24 heures ! Sans importance, car c’est l’à-côté qui mérite de s’attarder sur cette lecture totalement burlesque !
Gordon Zola (sous ce pseudo au goût de fromage se cache Érick Mogis) étaye une théorie vivement critiquée dans le monde scientifique. Ça chamboule la tête et donne à réfléchir. Derrière l’humour omniprésent, les (très) nombreux (parfois trop) jeux de mots et les calembours plus ou moins bien sentis, il y a un vrai sujet de fond.
Passionnant, parce qu’il ouvre de nouvelles perspectives que je ne connaissais pas.
Intrigant, parce que l’on se demande s’il peut y avoir une part de vrai là-dedans.
Une réelle surprise que ce roman, qui est d’ailleurs un bien bel ouvrage (couverture rigide, papier épais, marque-page cousu au livre).
Personnellement, je reprendrais volontiers une tranche de Gordon Zola.


GORDON ZOLA – LES FAUX CILS DU DINOSAURE

Année de parution : 2015
Nombre de pages : 304
Genre : Thriller – Humour
Édition : Le Léopard Démasqué


Quatrième de couverture
Après soixante-cinq millions d’années d’enquête, le mystère est enfin résolu !

‘Van Helsing contre Jack L’Éventreur T.2 – La Belle de Crécy’ de Jacques Lamontagne

Pas un instant à perdre ! Cette suite, je l’aurais attendu ! Je me souviens avoir épié, la fièvre au corps, le site Soleil Prod des mois durant, espérant trouver une date de sortie officielle et pourquoi pas, dénicher la couverture. Celle du premier tome m’avait scié, j’attendais comme un gosse le visuel du second tome. Verdict : je n’ai pas été déçu. Mais ce n’est pas ce qui importe le plus. L’important, c’est l’histoire. Furieusement atypique, une rencontre diabolique entre deux icônes de l’horreur ne me laisse pas indifférent. Le premier opus, Tu as vu le Diable, dépeignait les quartiers misérables d’un Londres devenu le terrain de chasse d’un tueur en série étripant des prostituées.
Ambiance sombre, climat délétère, le décor soigneusement mis en scène par Sinisa Radović était parfait. Comme cela arrive souvent, le dessinateur change de visage par la suite. Avec plus ou moins de succès selon les points de vue. Là, rien ne m’a choqué. Un trait plus épais qui m’a plu, des expressions faciales plus détaillées (à mon goût), la transition se fait en douceur !

SIMILITUDES

Et l’histoire, vindieu ?! L’épilogue du T.1 apportait pas mal de questions. Évidemment restées sans réponses, ces dernières patientant dans l’ombre, attendant d’être dévoilées. Clairement, je ne m’attendais pas à cette fin. Non pas qu’elle m’ait déçu, c’est juste que… je ne m’y attendais pas. L’auteur a su me surprendre, et ça c’est vraiment cool. Durant trois ans, espace séparant les deux tomes, j’ai pu établir pas mal d’hypothèses toutes aussi foireuses les unes que les autres. Savoir de quoi il en découlait, ça me démangeait.
Des restes humains sont retrouvés sur les berges d’un fleuve. Van Helsing et l’inspecteur Abberline sont dépêchés sur place. Leurs doutes quant à une nouvelle victime de Jack L’Éventreur sont rapidement évoqués, des similitudes concordant avec les crimes perpétrés sur Whitechapel. Le soir même, les deux hommes se rendent au théâtre pour se détendre, mais aussi parce que la pièce qui se joue présente, sans le vouloir, un nouvel élément à l’enquête.
Un indice de plus, auquel Van Helsing avait bien songé mais sans jamais le proférer. Tout s’accélère coup sur coup avec la découverte du meurtre sanglant de Mary Jane Kelly, dernière victime officielle de Jack L’Éventreur, suivi de l’agression manquée d’une prostituée. Cette dernière se défend et alerte deux policiers surveillant le secteur, obligeant le meurtrier à battre en retraite. Dans un cul de sac. Il parvient néanmoins à fausser compagnie aux forces de l’ordre sur un coup de chance. Cet échec sera sa seule erreur. Celle de trop. Déjà.

EFFARANT

Van Helsing fera une découverte effarante, le laissant pantois, au bord du gouffre. L’illumination viendra d’un claquement de doigts. La fameuse dernière pièce du puzzle, celle permettant de comprendre une œuvre dans son intégralité, d’en apprécier chaque détail. Les explications arrivent, crevant l’abcès du doute, laissant place aux motivations de l’assassin, qui hélas tiennent en une case. C’est bien léger. Après tout, assouvir la soif de curiosité pour une affaire d’une telle ampleur est un sacré défi. Cela ne gâche en rien l’ensemble, et permet de ranger ce diptyque au rayon des bons thrillers psychologiques.


VAN HELSING CONTRE JACK L’ÉVENTREUR T.2 – LA BELLE DE CRÉCY

Année de parution : 2015
Nombre de pages : 48
Genre : Fantastique – Thriller
Édition : Soleil


Quatrième de couverture
Londres, 1888.

Deux ans se sont écoulés depuis le jour où Van Helsing enfonça un pieu de chêne dans le cœur de Dracula, mettant ainsi un terme à son règne infernal.
Cependant, l’homme n’en est pas sorti indemne. Maintenant installé à Londres, Van Helsing est depuis plongé dans une profonde dépression.
Désespéré de voir ainsi son ami prostré dans ses appartements, Abberline, inspecteur à la division H de Scotland Yard, lui propose de l’accompagner afin de mener l’enquête sur une série de meurtres perpétrés dans l’East End par un dément que la presse a surnommé “Jack l’Éventreur”. Van Helsing finira par accepter.

‘Sarah T.1 – Les Ombres de Salamanca’ de Christophe Bec

Sarah a souffert. Malgré un démarrage excellent lors de la parution du premier tome en 2008 aux Éditions Dupuis, la série avait failli être abandonnée par la suite, les ventes du tome 2 ayant été jugées insatisfaisantes. Placée sur la touche, son avenir compromis, elle fût rachetée puis reprise par Les Humanos en 2012, mettant fin aux doutes et aux regrets. Prévue initialement sur cinq tomes, finalement rabattue sur trois, Sarah est une histoire d’horreur qui apporte son lot de frissons.

PROSPECTEURS

Commençons par Les Ombres de Salamanca. Qu’est-ce que ça raconte ? Un drame, tragique, où Sarah conte ses maux et panse ses plaies. Elle et son mari quittent le tumulte new-yorkais pour le confort d’un chalet perdu dans la forêt d’Allegheny, en Pennsylvanie. Une thérapie loin du passé, loin de ces ombres ayant plongé l’âme de Sarah dans un abîme de désespoir. Tout commence par un putain de prologue mettant de suite le lecteur sous tension. Deux prospecteurs d’or se rendent à Little Valley, près de Salamanca. Ville fantôme, les lieux sont à l’abandon, uniques témoins de la période grandiloquente des chercheurs d’or. Les deux compères trouvent rapidement l’entrée d’une mine délabrée avant de s’y engouffrer, persuadés de trouver dans ces boyaux de roches une richesse encore inexploitée. Cachés dans l’obscurité, deux yeux les fixent. Rouges, chargés d’une haine féroce face à cette intrusion. L’attaque est d’une sauvagerie extrême, le sang se répand, les corps tombent, disloqués.

Sarah, elle, s’est réfugiée dans son monde. Elle discute souvent avec son amie imaginaire, Kelly.
Kelly… La vérité m’a fait louper un battement de cœur.

RODÉE

Tenaillé entre la curiosité et la peur, Les Ombres de Salamanca m’a énormément plu. Conventionnelle, la narration est efficace, parfaitement rodée pour le genre. Un lieu étrange, paumé en pleine nature, une ville dévastée par un secret, des habitants hostiles envers les nouveaux arrivants…
Le schéma est classique mais carbure plein pot. Emmené par un dessin bien senti et un découpage incisif, le récit nous envoie donc à Salamanca, petite bourgade américaine pourrie de l’intérieur, gangrenée par des événements passés dont on n’entrevoit que les contours. Infaillible. Lorsque Sarah veut comprendre par la même occasion les incidents étranges se passant dans le chalet, l’histoire va définitivement basculer dans l’angoisse permanente, augurant de belles promesses pour la (les) suite(s) !


SARAH T.1 – LES OMBRES DE SALAMANCA

Année de parution : 2008
Nombre de pages : 64
Genre : Horreur
Édition : Dupuis


Synopsis (pris sur Amazon)
Au fin fond de la Pennsylvanie, Sarah et David viennent d’emménager dans une maison à l’écart de Salamanca, une petite ville forestière peu accueillante dont les habitants semblent protéger le secret d’un passé trouble. En proie aux démons de son enfance et à des crises d’angoisse chroniques, Sarah découvre que cette nouvelle vie, censée lui offrir un nouveau départ, décuple son mal. Pour faire face à ses peurs, Sarah cherche une vérité qui va la mener en des territoires où l’horreur et le surnaturel surgissent sans crier gare.

‘Les Rats’ de James Herbert

Quand Dame Nature rencontre l’Horreur. Les animaux mangeurs de bidoche humaine, tout le monde connait. L’industrie du cinéma en a fait un paquet de longs métrages, en accouchant de chefs-d’œuvre reconnus (Les Dents de la Mer) ET de nanars complètements débiles, comme le fabuleux Les Rongeurs de L’Apocalypse, où la population doit faire face à des… lapins tueurs.
*tousse, tousse*
Le tour du bestiaire est bouclé, Hollywood a fait muter un peu tout et n’importe quoi. Et grâce à James Herbert et son roman Les Rats, sorti en 1976, la grande machine à dollars a flairé le bon coup (ou pas) en l’adaptant sur grand écran, sous le titre Deadly Eyes (1982). Je n’ai pas vu le film, je ne le verrai probablement jamais. Le roman m’a suffit. Il sent le récit qui a mal vieilli, un peu cheap, même si la construction du récit est plutôt prenante.

GROSSE BÊBÊTE

Passée l’attaque isolée de ces vilaines bestioles sur un pauvre SDF — point de départ de la catastrophe à venir —, tout s’enchaîne très vite. C’est l’un des atouts de ce livre : un condensé d’action, peu de temps morts. Au vu du nombre de pages, l’inverse aurait été navrant. Surtout pour un récit d’horreur ! Harris est professeur de dessin dans une école de l’East End, à Londres. Un matin, l’un de ses élèves se présente en retard, un bandage ensanglanté compressant sa main. Le garçon parle de morsure de rat aussi gros qu’un chat. Impossible, il doit inventer. Le professeur emmène son poulain à l’hôpital pour des examens. De là, d’autres rumeurs d’attaques de rats lui parviennent. Un cataclysme d’une ampleur inimaginable s’apprête à frapper la capitale de l’Angleterre.

RAZ-DE-MARÉE

Les rats sont énormes, noirs, et réduisent en charpie des centaines d’êtres humains au moyen de leurs incisives coupantes comme des rasoirs.
Boub, bouh, bouh. Le rat, il est pas beau ! Tout moche ! Propagateurs de maladies et de phobies, le rongeur était un candidat idéal pour ce rôle d’antagoniste. Entre deux-trois scènes qui se noient dans une orgie sanglante pour étancher la soif d’hémoglobine des lecteurs, James Herbert expose ici l’apathie du gouvernement à réagir efficacement face à cette menace inédite. Des mesures d’urgence seront mises en place, aux résultats plus que mitigés au regard de l’étonnante résistance des bestioles à fourrure. Ces passages de doutes, de flottements, accentuent peu à peu les craintes avant le choc final, un raz-de-marée dévorant tout sur son passage, déchaîné devant l’impuissance de l’Homme. Harris, professeur Courage, trouve une idée brillante, coiffant au poteau scientifiques et militaires. Mais n’est-il déjà trop tard ?

DE L’ACTION, ET C’EST TOUT

Inutile de s’attarder sur les personnages, aucun — mis à part Harris le bienveillant — n’est réellement développé. Le mot d’ordre est clair : de l’action, et rien d’autre. Faire frissonner le lecteur si possible, en bonus. Pari réussi, même si le résultat final n’est pas exaltant.


JAMES HERBERT – LES RATS

Année de parution : 1976
Nombre de pages : 256
Genre : Horreur
Édition : Le Masque


Quatrième de couverture
Il poussa un hurlement aigu quand il comprit que quelque chose lui déchirait la main. Il tenta de se mettre debout, mais il trébucha et tomba lourdement. Quelque chose de chaud s’accrocha à son visage. Il tenta de l’arracher et sentit un pelage dru sous ses doigts. Malgré sa panique il comprit la nature de l’horrible morsure : c’était un rat, mais un gros, un très gros rat. On aurait pu le prendre pour un petit chien.

‘Meurtres pour Rédemption’ de Karine Giebel

Lessivé. Autant par cette excellente lecture qui essore jusqu’à la moindre goutte toutes nos émotions que par sa longueur, hors norme. J’ai longtemps hésité à le lire, et ce même en voyant les avis ô combien élogieux qui traînent un peu partout sur le net. Car oui : les gros bouquins me rebutent. Ils pourraient aussi bien renfermer des trésors, autant de diamants bruts qui ne demandent qu’à être lus, rien y fait, mon esprit se heurte à une foutue barrière psychologique. La contourner n’est pas facile. Mais cette fois, j’ai réussi. Un monceau énorme, bouleversant. Une pluie diluvienne poétique et violente qui s’est abattu sur ma petite tête. Seul « regret »: ne pas l’avoir lu d’une traite. Les nombreuses pauses ont coupé mon élan et les liens que j’essayais de tisser avec Marianne & Co. Ce n’est qu’un détail, tant l’histoire contée par Giebel est poignante et retourne les tripes.

LUTTE CHIMÉRIQUE

Marianne est jeune. Presque une enfant. Une enfant qui a les mains déjà salies par le sang. À vingt ans, son existence se fracasse sur un mur, la brisant net : condamnée à perpétuité pour homicides. Ses traits fins, son apparente fragilité associée à un langage à priori courtois dissimulent en réalité un être écorché vif, incapable de maîtriser ses nerfs. D’une incroyable agressivité, dotée d’une force inouïe compte tenu de son gabarit, le temps qui lui est imparti sur Terre ressemble à un long chemin de croix. Elle aspire à la vengeance, contre ses parents, ses grands-parents. Contre elle-même et le monde entier. Une lutte chimérique, perdue d’avance. La prison comme seul avenir. Un nouveau départ est-il envisageable ? Comment saisir une seconde chance quand tout s’écroule autour de soi ? Marianne le découvrira lorsque trois hommes demandent sa présence au parloir. Une première depuis son incarcération. Les seuls à se soucier de son existence. La liberté à un prix, surtout lorsque l’on doit s’en montrer digne.

TOXINE

Pendant ma lecture, j’ai immanquablement pensé à deux œuvres cinématographiques marquantes des années 90 : Oz et Nikita. Oz, série télé ancrée dans un univers carcéral ultra-violent. Controversé et malsain, le programme reste un monument dans son genre. Et Nikita, ou l’ancienne taularde toxicomane reconvertie en arme de combat humaine à des fins militaires. Les parallèles m’ont sauté aux yeux, sans toutefois enlever à la beauté qui rayonne de ce roman unique. D’une noirceur absolue, où percent péniblement quelques lueurs d’espoir, l’histoire nous montre le quotidien de Marianne, terrible, parfois insoutenable, tant la cruauté de ses actes, mais aussi celle de ses ennemi(e)s, fait mal au cœur. Je l’ai détesté, craint autant qu’affectionné. Un mélange rare, comme si la jeune femme était forgée dans un matériau indéchiffrable. Extra-terrestre. Les scènes violentes ne m’ont pas freiné, au contraire. Je voulais que justice soit faite, déstabilisé par l’écriture nerveuse de Karine Giebel. Parfois la sentence aboutit rapidement, parfois il faut attendre, alors le poison de la vengeance s’infiltre sournoisement dans les veines. Introduite dès le prologue, la toxine se diffuse lentement et s’étale sur plus de 700 pages. Du grand art.

HORREUR

Ballottés en tous sens sans nous accorder une seconde de répit, l’auteure fait progressivement monter la tension. L’horreur n’est pas celle que l’on croit. Marianne va l’apprendre à ses dépens, le lecteur aspiré lui aussi dans cette frénésie sanglante. C’est effroyablement efficace, une tension de tous les instants qui maintient en alerte, avec un sentiment ambigu : on souhaite connaître le fin mot de l’histoire sans vraiment le désirer, trop absorbé dans ce roman pour vouloir s’en détacher.


KARINE GIEBEL – MEURTRES POUR RÉDEMPTION

Année de parution : 2010
Nombre de pages : 767
Genre : Drame
Édition : Fleuve


Quatrième de couverture
Tous les soirs se ressemblent, les nuits aussi. Et les jours, c’est pareil. À quoi se raccrocher alors ?
Là, au coeur de la perpétuité.

Marianne, vingt ans.
Les miradors comme unique perspective, les barreaux pour seul horizon. Perpétuité pour cette meurtrière.
Une vie entière à écouter les grilles s’ouvrir puis se refermer.
Indomptable, incapable de maîtriser la violence qui est en elle, Marianne refuse de se soumettre, de se laisser briser par l’univers carcéral sans pitié où elle affronte la haine, les coups, les humiliations.
Aucun espoir de fuir cet enfer. Ou seulement dans ses rêves les plus fous.
Elle qui s’évade parfois, grâce à la drogue, aux livres, au bruit des trains. Grâce à l’amitié et à la passion qui l’atteignent en plein cœur de l’enfermement.
Pourtant, un jour, l’inimaginable se produit. Une porte s’ouvre.
On lui propose une libération… conditionnelle.
 » La liberté Marianne, tu dois en rêver chaque jour, chaque minute, non ?  » Oui. Mais le prix à payer est terrifiant.
Pour elle qui n’aspire qu’à la rédemption…

‘Van Helsing contre Jack L’Éventreur T.1 – Tu as vu le Diable’ de Jacques Lamontagne

Retour sur l’une des plus importantes affaires criminelles jamais résolue. Depuis plus d’un siècle, un nombre insensé de théories alimente les conversations autour de ce mythe qu’est Jack L’Éventreur. Monstre sans visage, c’est bien son absence d’identité qui lui confère son aura malfaisante, bien au-delà des crimes perpétrés. Entre l’enquête minutieuse de Patricia Cornwell et celle, sous défonce, de Johnny Depp, difficile d’en ressortir un suspect idéal.

MORPHINE 

En 2012, la collection 1800 décide d’y apposer sa griffe. Par deux fois. Avec le diptyque sobrement intitulé Jack L’Éventreur et, dans le cas présent, Van Helsing contre Jack L’Éventreur, là aussi prévu sur deux tomes. En prenant pas mal de libertés sur le célèbre récit de Bram Stoker, l’auteur parvient à créer une fusion fantasque d’une des périodes les plus sombres de l’Angleterre. On repassera pour y trouver un semblant de vérité. Ici, place à l’éclate, même si l’atmosphère du récit est un poil funeste. Entre un ancien chasseur de vampires morphinomane, des flics complètement dépassés et les prostitués se faisant étriper comme de vulgaires coussins victimes d’une bataille acharnée de polochons, le tableau n’est pas vraiment joyeux. Et le dessin de Radović, excellent, rajoute une belle couche de morosité à l’ensemble.
L’histoire commence sous la neige des Carpates, en 1886. Abraham Van Helsing, du haut de sa moustache, parvient à occire le Mal à l’état pur avec l’aide de Jonathan Harker. Deux ans plus tard, Van Helsing s’est retiré à Londres, profitant d’une retraite bien méritée. Après tout, il a sauvé le monde, c’est le minimum. Pas de chance, c’est non loin de là, dans quelques ruelles sombres d’un quartier londonien, que sévit un assassin d’une brutalité saisissante.
Et quand l’inspecteur Abberline frappe à sa porte afin de quérir son aide, Van Helsing y voit là l’opportunité de chasser les démons qui le rongent depuis son retour.

PSYCHISME

La traque du serial-killer se fait sans encombres, sans surprises. Le scénario reste fidèle à la chronologie des meurtres et aux rapports de l’époque tout en se permettant de larges embardées. Exercice périlleux mais qui reste de bonne facture, les auteurs mettant l’accent sur la personnalité de Van Helsing et de sa dépendance à la drogue. Un angle original, qui fait planer le doute quant à l’état psychique du docteur, et qui installe surtout cette petite dose de curiosité donnant envie de poursuivre avec le second tome.


VAN HELSING CONTRE JACK L’ÉVENTREUR T.1 – TU AS VU LE DIABLE

Année de parution : 2012
Nombre de pages : 48
Genre : Fantastique – Thriller
Édition : Soleil


Quatrième de couverture
Londres, 1888.

Deux ans se sont écoulés depuis le jour où Van Helsing enfonça un pieu de chêne dans le cœur de Dracula, mettant ainsi un terme à son règne infernal.
Cependant, l’homme n’en est pas sorti indemne. Maintenant installé à Londres, Van Helsing est depuis plongé dans une profonde dépression.
Désespéré de voir ainsi son ami prostré dans ses appartements, Abberline, inspecteur à la division H de Scotland Yard, lui propose de l’accompagner afin de mener l’enquête sur une série de meurtres perpétrés dans l’East End par un dément que la presse a surnommé “Jack l’Éventreur”. Van Helsing finira par accepter.

‘Nécrologie’ de Paul Cleave

Les romans de Paul Cleave sont décidément à part dans ma jolie collection de thriller. Après avoir lu Un Employé Modèle, écrit à la première personne et où le personnage principal débitait un humour noir avec un flegme déroutant, voici venu le temps de Nécrologie (et non des cathédrales… L.O.L.). L’histoire se raconte toujours à la première personne et se déroule en parallèle d’Un Employé Modèle (l’enquête sur le Boucher de Christchurch, toussa), et ce fût amusant de tenter de déceler des corrélations entre le Boucher et l’affaire du jour. Revenons à nos moutons. Si je pense que Paul Cleave est un auteur à part, c’est qu’il y a une raison : j’ai du mal à accrocher à ses bouquins — oui, même si j’en ai lu que deux à l’heure actuelle — mais une fois le processus lancé, impossible de freiner l’ascension. Pour faire simple, j’ai beaucoup aimé ce livre.

CRISE DE NERFS

Theodore Tate est détective privé dans la ville de Christchurch. Cette dernière est au bord du gouffre du fait des agissements d’un tueur insaisissable. La police est sur les nerfs, les journalistes à l’affût, et les citoyens en proie à la peur. Tate, bien qu’ayant gardé quelques relations au sein des forces de l’ordre, fait désormais cavalier seul. Et ce qu’il va devoir affronter va induire une course poursuite assez rocambolesque avec ses anciens partenaires. Tout commence par l’exhumation d’un ancien directeur de banque, Henry Martins. Officiellement décédé deux ans auparavant de mort naturelle, le détective (encore policier à l’époque)  décide de revoir son jugement depuis que le second mari de son ex-femme meurt à son tour, probablement victime d’un empoisonnement. L’exhumation, déjà éprouvante en soi, déterrera bien plus qu’un simple cadavre. Et quand le gardien s’enfuit au volant d’une camionnette, le coupable est tout trouvé.

ROCAMBOLESQUE

J’ai clairement eu le sentiment de ne pas tout comprendre l’intrigue. Quelque chose m’échappait, un peu comme si j’avais tenté de saisir de l’eau dans une main. J’avais beau relire certains passages, impossible d’imprimer correctement où voulait en venir l’auteur. Non pas qu’il expliquait mal, loin de là, mais le début fût laborieux. Et quand les fondations sont biaisées, le reste suit la même tangente. Arrivé aux trois-quart du récit, je n’ai pas hésité à relire et relire pour être certain d’avoir assimiler tout le mécanisme mis en place par l’auteur. Sans être complexe, l’histoire dispose d’une profusion de personnages auxquels il n’était pas toujours évident de coller des visages. Je pense avoir lu plus riche en la matière, mais ma mémoire me faisait faux bond par moments, la vilaine. Et quand j’ai enfin réussi à reconstituer les pièces qu’il me manquait, les pages ont défilé à une allure plus soutenue. Les nombreux rebondissements sont soigneusement huilés et, comme je l’ai dit un peu avant, le chassé-croisé permanent entre Tate et la police est très plaisant à suivre. Tate attire les emmerdes et ne recule devant rien pour faire progresser SON enquête. Bah oui, la bataille fait rage mais il compte bien coiffer au poteau ses anciens collègues.

GÉRÉ

Le dénouement est improbable mais Cleave le gère parfaitement, gardant toujours l’esprit du lecteur aux aguets. En conclusion, ne pas se fier au titre à la connotation bien funeste !


PAUL CLEAVE – NÉCROLOGIE

Année de parution : 2012
Nombre de pages : 415
Genre : Thriller
Édition : Sonatine


Quatrième de couverture
Christchurch, Nouvelle-Zélande : ses façades victoriennes, ses squares bien tranquilles, ses tueurs en série.

À la suite d’un drame personnel, Theodore Tate, un ancien flic, s’est reconverti en détective privé. Alors que la police est occupée à chasser le fameux Boucher de Christchurch, le serial killer qui terrorise la ville, c’est lui qu’on mandate pour s’occuper d’une banale exhumation, celle du corps d’un directeur de banque dont la veuve est suspectée d’homicide. Là, un glissement de terrain accidentel révèle la présence de trois cadavres immergés dans le lac qui borde le cimetière. S’agit-il de victimes du Boucher, ou bien un autre tueur en série est-il à l’œuvre ? Lorsqu’en plus on découvre dans le cercueil, à la place du corps de l’honorable banquier, celui d’une jeune inconnue, c’est le début d’un engrenage infernal pour Theodore qui va devoir découvrir seul la vérité sur cette affaire. Avant que la police ne découvre la vérité sur lui… et sur ses terribles secrets.

‘Le Réveil du Dernier Vampire’ de Marc Bono

La collection Grand Frisson. Magazine éphémère interdit aux poules mouillées, paru de décembre à 1997 à décembre 1998. Un an. Neuf numéro. Pas un de plus, la maison d’édition ayant décidé d’abandonner le navire pour se tourner vers des créneaux plus vendeurs. Dommage. L’accroche était topissime pour l’époque : un magazine effrayant + un roman terrifiant pour le prix d’un roman ! 35 francs le numéro. Je n’ai jamais pu en acheter, mais la raison m’échappe (j’avais 9 ans lors de la parution du premier numéro, donc on va mettre ça sur le compte d’un manque d’argent de poche). Jeté aux oubliettes de ma mémoire en même temps qu’il disparaissait des kiosques, Grand Frisson m’est réapparu, au hasard d’un site, en 2016. Impensable, comme si un recoin délaissé de ma jeunesse et recouvert d’une épaisse couche de poussière se retrouvait soudainement sous les projecteurs, vingt ans après. Dingue. Et du coup, sans jeux de mots pourri, j’en ai eu des frissons. Grand amateur des Chair de Poule et autre Docteur Globule lors de mes années primaire, j’ai redécouvert avec un plaisir loin d’être dissimulé cette série fantastique.

SOUVENIRS, SOUVENIRS…

Ni une ni deux, direction un célèbre site de petites annonces afin de mettre la main sur ce qui m’avait échappé des années auparavant. Bonnes et mauvaises nouvelles : les romans ont survécu, pas les magazines. Ou faut connaître les bons tuyaux, ce qu’à priori je n’ai pas. Pas grave. Me voilà en possession de quatre bouquins de la collection, prêt à faire saliver d’envie le gamin qui sommeille en moi. Une petite revanche sur le passé. Mouahaha. Premier titre : Le Réveil du Dernier Vampire. Normal, j’adore ces bestioles. Paru avec le numéro six en mai 98, un spécial vampires qui t’expliquait que ces monstres existent vraiment. Écrit par un dénommé Marc Bono. Sûrement un fan de U2… D’ailleurs c’est lui qui se trouve être l’auteur des neuf romans de la collection. Tournon Édition n’hésite pas à le présenter comme un aventurier quelque peu fêlé sur les bords. Après un bref avis expliquant que les éditions déclinent toute responsabilité en cas de crise cardiaque consécutive à la lecture de ce roman (Ooooh putain, là j’ai éteint toutes les lumières, me suis caché sous mon lit et allumé une lampe de poche n’éclairant qu’à moitié histoire de me donner des sueurs), j’étais prêt à affronter les pires créatures de la nuit.

MANOIR HANTÉ ?

James est le fils d’un médecin américain, Franck. Ce dernier se voit proposer une opportunité : prendre la relève de Lord Arthur Thomas, dans la vieille Angleterre. Sa décision prise, il emmène femme et enfant à Chaterland (vous fatiguez pas, ça n’existe pas), impatient de se lancer dans sa nouvelle carrière so british. Les ennuis ne tardent pas à s’accumuler à peine le pied posé sur le quai de la gare : une tempête de neige s’abat sur la ville, en guise de taxi se présente un cocher à bord d’un tilbury et pour finir la maison qu’ils sont censés habiter n’est pas prête, les contraignant à loger dans le manoir du Lord. Des événements inquiétants vont se succéder, et James va rencontrer le petit-fils du Lord : Charles-Paul. Le pauvre petit est tombé malade et se retrouve cloué au lit, privé de la lumière du soleil qui le meurtrit. James, aidé d’une jeune fille prénommé May, va tout faire pour le soigner, quitte à devoir risquer sa vie. Mais sa nouvelle copine le met en garde : il ne faut pas franchir l’enclos du potager.

FINI L’INSOUCIANCE

Loin de valoir un Chair de Poule, la construction de ce petit roman est néanmoins sensiblement identique. Des chapitres courts, conclus par des rebondissements qui trouvent leurs issues au début du chapitre suivant. Pas de dénouement final, juste un léger cliffhanger qui ne fait pas oublier la faiblesse générale du récit. Je n’ai plus dix ans, et mon âme d’enfant me manque parfois.


MARC BONO – LE RÉVEIL DU DERNIER VAMPIRE

Année de parution : 1998
Nombre de pages : 128
Genre : Fantastique
Édition : Tournon


Quatrième de couverture
Et si, comme James, tu débarquais tout droit des États-Unis avec tes parents pour partager la vie de Lord Arthur durant quelques jours dans son sinistre manoir qui surplombe la petite ville de Chaterland, en Vieille Angleterre…? Entre des hurlements terrifiants la nuit, des chauve-souris qui se baladent dans les couloirs et les histoires effrayantes de vampires que raconte May, une étrange petite fille, sûr que tu ne serais pas très rassuré. Et tu aurais raison, car ce qui attend James est pire encore !