‘Congo Requiem’ de Jean-Christophe Grangé

Un Grangé, c’est vraiment une expérience à part. Difficile d’embrayer sur un nouveau bouquin après cela. Le diptyque LontanoCongo Requiem m’a bluffé, une fois encore. Depuis Le Vol des Cigognes, l’auteur et ses intrigues monstrueuses m’ont toujours scotché — quand j’y réfléchis, même les moins bons restent de très bonnes lectures. « Il avait les mots » comme disait Sheryfa Luna. Ouh la comparaison toute moisie !! OK, passons…

BRIQUE

Lontano, sorti en 2015. Un pavé, une brique de plus à caser dans la bibliothèque. Puissant, violent, comme d’hab. Mais ça date un peu et j’ai un peu traîné avant de lire sa suite. Même en se souvenant des grandes lignes du premier opus, difficile de se resituer. Mon cerveau fonctionne au gazoil : un bon diesel qui doit préchauffer avant de prendre la route. Le moteur est encore jeune donc ça va, tout est revenu assez vite. Tout ce vocabulaire sur la mécanique alors que j’y connais rien pour énoncer une chose : ce Congo Requiem est énorme.

MATRIOCHKA

Un second pavé, un gros steack bien saignant venu tout droit du Congo. Cette histoire est incroyablement dense. Oui j’en fait des caisses mais quand on aime… Si je devais imager, je prendrais l’exemple des matriochkas, les poupées russes. Chaque poupée représentant un pan de l’intrigue. Derrière chaque réponse apportée se cache un sombre secret. À n’en plus finir, ou presque.

Après le Japon, la Mongolie, L’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est (liste non exhaustive), Grangé continue son trek à travers le globe, direction l’Afrique. Mais là où le trek est un monde de lenteur, l’auteur, lui, dévale les pistes à toute allure. Et préfère poser sa tente près des zones obscures, où le danger est omniprésent. Pays en guerre, conflits armés et massacres de civils, ventes d’armes illégales et extractions de minerais. Une violence inouïe, une réalité loin de la nôtre. C’est pointu, précis, une immersion totale qui donne des sueurs froides — ou chaudes, après tout on est dans la brousse.

TORDU

Encore et toujours, quitter un Grangé n’est pas chose facile. Attention à ne pas trop traîner dans la lecture sinon la sanction est assurée : les rebondissements sont tellement nombreux qu’on aurait vite fait de perdre le fil. La famille Morvan est tordue comme une main rongée par l’arthrite, mais on finit presque par s’y attacher.


JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ – CONGO REQUIEM

Année de parution : 2017
Nombre de pages : 397
Genre : Thriller
Édition : Albin Michel


Quatrième de couverture
On ne choisit pas sa famille mais le diable a choisi son clan.

Alors que Grégoire et Erwan traquent la vérité jusqu’à Lontano, au cœur des ténèbres africaines, Loïc et Gaëlle affrontent un nouveau tueur à Florence et à Paris.

Sans le savoir, ils ont tous rendez-vous avec le même ennemi. L’Homme-Clou.

Chez les Morvan, tous les chemins mènent en enfer.

‘Brutale’ de Jacques-Olivier Bosco

Un mot fort qui annonce direct la couleur. Aucune concession, ça va cogner dur. La tendresse, on oublie, place au Krav-Maga et toute sa panoplie pour dégommer du vilain  d’une main tout en se curant le nez de l’autre. Et ce n’est pas la subtile touche de sensualité de la couverture qui va tromper son monde, car Brutale porte bien son nom : efficace, nerveux, chargé de violence comme un bon coup de pied dans les roubignoles.

OVERDOSE

Bosco ne fait pas dans la finesse. Ce roman transpire une incroyable énergie : ça percute, ça bastonne (putain oui!), les os craquent et le sang repeint les murs, mais c’est placé avec une telle sauvagerie que ça en devient amusant. L’auteur fait tout son possible pour imposer un rythme d’enfer à son histoire ; une bande-son bien métal en arrière-plan, des combats à la pelle et un taux d’adrénaline proche de l’overdose. Pour un peu on croirait lire le scénario du dernier Luc Besson. Mais c’est justement cela qui m’a plu ; cette électricité qui parcourt chaque mot du récit, qui insuffle à chaque page des contractions dans les nerfs, prêts à recevoir une nouvelle décharge.

JOHN WICK

Mais ça ne s’arrête pas là ! JOB offre un boulevard monstrueux à toutes les formes de clichés que l’on puisse imaginer trouver dans le genre. Ce serait trop long (et inutile) de les énumérer. Là aussi, on adhère ou pas. J’ai adhéré. C’est du grand n’importe quoi assumé jusqu’au bout, et l’intrigue est portée disparue dès le départ. John Wick a trouvé son pendant féminin, et c’est plutôt pas mal. Oh que oui ! Lise est terriblement dangereuse, férocement sexy. J’ai pourtant eu du mal à l’apprécier, le drame. Peut-être une pointe de misogynie, que sais-je ? Je ne comprenais pas ce besoin d’agressivité, tout le temps, partout. Bon, j’ai toujours pas compris, mais ce sentiment de lassitude face à une énième écorchée de la vie n’a pas trop duré, heureusement. Ça pète tellement dans tous les sens qu’on y prête plus trop attention en fait.

ANIMAL

Le final, c’est clairement la cerise sur le gâteau. Toute cette hargne animale compressée sur quelques pages, comme si l’auteur jetait ses dernières cartouches dans la bataille, manière de démontrer que le réservoir n’est pas encore vide. C’est grandiloquent, ridicule, mais ça fait du bien de débrancher les neurones.


JACQUES-OLIVIER BOSCO

Année de parution : 2017
Nombre de pages : 397
Genre : Thriller
Édition : La Bête Noire


Quatrième de couverture
Elle est jeune. Elle est belle. Elle est flic. Elle est brutale.
Des jeunes vierges vidées de leur sang sont retrouvées abandonnées dans des lieux déserts, comme dans les films d’horreur. Les responsables ? Des cinglés opérant entre la Tchétchénie, la Belgique et la France. Les mêmes qui, un soir, mitraillent à l’arme lourde un peloton de gendarmerie au sud de Paris.
Que veulent-ils ? Qui est cet « Ultime » qui les terrorise et à qui ils obéissent ? Face à cette barbarie, il faut un monstre.
Lise Lartéguy en est un. Le jour, elle est flic au Bastion, aux Batignolles, le nouveau QG de la PJ parisienne. La nuit, un terrible secret la transforme en bête sauvage. Lise, qui peut être si douce et aimante, sait que seul le Mal peut combattre le Mal, quitte à en souffrir, et à faire souffrir sa famille.

‘Comme une Tombe’ de Peter James

Roy Grace. Trois syllabes. Facile à mémoriser, percutant. Personnage récurrent de l’univers de Peter James, le commissaire aux croyances dans le paranormal fait parler de lui pour la première fois dans ce roman paru en 2005. Alors âgé de 38 ans, doté d’un physique puissant mais pourtant pas bien grand, cet homme tente désespérément de se remettre de la disparition de sa femme quelques années auparavant. Par disparition, il n’est pas question de décès (du moins on ne le sait pas encore) mais de volatilisation. Magie ! En effet, son épouse s’est évaporée dans la nature il y a presque neuf ans. Une éternité, Grace devenant progressivement comme ces âmes damnées qui errent à jamais le long du Styx : perdu, sans repères, livré à lui-même.

PRIORITÉ

Cet approche du personnage m’a sensiblement rappelé une série télé que j’affectionne particulièrement : Monk. Un policier bourré de tocs et développant de nombreuses phobies qui ne s’est jamais entièrement remis de la disparition de sa femme. Voilà, petite anecdote sans grand intérêt mais que je voulais placer. Par contre, la quatrième de ce roman m’a captivé. Je me suis demandé : mais comment c’est possible ? J’ai l’habitude (moins maintenant) de lire mes romans par ordre d’achat. C’est un peu concon mais j’aime bien procéder ainsi, ça me donne l’impression d’être carré et de ne pas trop m’éparpiller. Ce qui est loiiiiin d’être le cas en vrai (pensée émue pour ma compagne qui doit subir ça ❤). J’ai donc délaissé pas mal de bouquins et fait passer Comme une Tombe en priorité. Il fallait que je sache. Absolument. La marque des grands romans peut-être.

TROIS VÉRITÉS

Le roman commence classique, on a une vue d’ensemble sur la soirée un peu trop arrosée de l’enterrement de vie de garçon, la bande de copains prête à réaliser une bonne grosse connerie. Ladite connerie exécutée, les joyeux lurons vont s’encastrer bien comme il faut dans une bétonnière, à bord de leur van. Une fin affreuse qui laisse définitivement seul leur ami préalablement enterré. Mais comment ? Même en écrivant cette chronique, même en sachant le fin mot de l’histoire, j’arrive encore à me demander comment c’est possible. Bizarre non ? Mais la quatrième n’explique pas tout, bien évidemment ! Elle laisse de côté de précieux renseignements qui seront divulgués assez rapidement lors de la lecture, et ça m’a permis d’appréhender le pourquoi du fameux comment ! Et quand bien même la vérité éclate, hop ! Peter James nous en sort une deuxième que l’on avait vraiment pas vu venir, puis une troisième pour bien t’enfoncer ! Si si ! Peuplée de personnages tous plus intéressants les uns que les autres, l’intrigue est bien tournée et l’auteur négocie proprement quelques virages inattendus, juste de quoi relancer l’intérêt par moments.


PETER JAMES – COMME UNE TOMBE

Année de parution : 2005
Nombre de pages : 432
Genre : Thriller
Édition : Pocket


Quatrième de couverture
Mauvaise blague : Michael se retrouve dans un cercueil six pieds sous terre avec du whisky et une revue érotique pour son enterrement de vie de garçon. Les heures passent, personne ne vient le chercher, la fiancée s’inquiète et fait appel à Roy Grace. Pour le localiser, l’inspecteur n’a qu’une seule piste : les témoins du mariage, tous morts dans un accident de voiture…

‘Coupable[s]’ de Samuel Sutra

Un cauchemar. Une église, sur les hauteurs d’Haïti. Jean-Raphaël franchit le parvis et pénètre à l’intérieur. Il est seul, un cercueil se dresse devant lui, près de l’autel. Alors qu’il s’approche, les murs se lézardent soudainement, laissant craindre un effondrement. Jean-Raphaël ouvre les yeux, désorienté par ce rêve encore tiède. Son portable vibre, c’est cela qui l’a arraché à sa torpeur. Une affaire en or va lui être proposée. De celles qui changent une carrière.

HAÏTI

Trois meurtres à Paris. En trois jours. La Crim’ est sur les dents. Aucun lien apparent, aucun suspect, les policiers du 36 pataugent. Puis un quatrième homicide survient, quelques temps plus tard. C’est là que Jean-Raphaël entre en jeu. Lui, jeune lieutenant à la Sécurité Intérieure. Car pour les flics du 36, la donne à changé : Haïti se pose en filigrane sur chacun des meurtres. Et Haïti, Jean-Raphaël y est né.

DEUX MOTS

Simple, efficace. Deux mots qui résument parfaitement ce polar. Pas d’enquêtes à rallonge, ni de détours bancals. Non, l’auteur va droit au but. Avec brio. Énormément de dialogues et d’échanges entre les différents protagonistes viennent ponctuer ce roman. C’est parfois dense, mais l’ensemble est très bien ficelé, et c’est sans peine que l’histoire prend forme. Samuel Sutra remonte parfois le temps et nous ramène le soir précédent chaque meurtre. Du dernier au premier. Nous suivons les traces du tueur (voire des tueurs), mais à l’envers. Comprendre ses (leurs) motivations, pas à pas. Une orchestration au poil. L’auteur n’en fait pas des tonnes, et ça m’a plu.

PILIER

Se servant d’un fait réel comme pilier de l’histoire, il dénonce la cupidité dont une poignée d’hommes est capable lors d’un tel drame. S’emparer de la misère des autres pour en faire un business lucratif, il y a hélas un parfum de vérité là-dedans. Ça pue le vice et la corruption à plein nez. Et là, bim ! La fin arrive. Sans crier gare. Un excellent épilogue, auquel je n’y ai vu que du feu. Et je parle pas d’un dénouement brodé en deux minutes. Non, non, non. Là encore je pose les deux adjectifs qui me viennent immédiatement à l’esprit. Simple. Efficace.


SAMUEL SUTRA – COUPABLE[S]

Année de parution : 2018
Nombre de pages : 248
Genre : Thriller
Édition : Flamant Noir


Quatrième de couverture
HAÏTI. 12 janvier 2010 – 16 h 50.
Le pays est frappé par le plus meurtrier tremblement de terre de son histoire. L’aide humanitaire afflue de partout.

PARIS. Aujourd’hui.
Quatre personnes sont retrouvées sauvagement assassinées. Toutes sont liées à un projet baptisé « Kenscoff ».
Un cinquième individu est recherché.
Pour prêter main-forte à la Brigade criminelle dans cette enquête particulière, un jeune policier rejoint l’équipe.

Haïti, il connaît bien.

Il y est né.

‘Rêver’ de Franck Thilliez

Comme (ne) diraient (pas) Les Inconnus : « Je suis tombé par terre, c’est la faute à… Thilliez ! »
La dernière page de ce roman à peine tournée qu’une réflexion récurrente pointe le bout de son nez. À savoir : cet auteur paufine incroyablement bien ses histoires. Une complexité folle adoucie par une plume géniale, un peu comme l’histoire de la main de fer dans un gant de velours. À force de tomber des nues à chacune de ses parutions, j’en ai mal aux fesses. Car en plus d’une intrigue au cordeau, l’écrivain fait bosser nos méninges et les manipulent comme bon lui semble.

FARDEAU

Abigaël est une psychocriminologue réputée. Une professionnelle aux expertises béton, où le hasard n’a pas sa place. Une aide précieuse pour les gendarmes. Une arme discrète, aux méthodes infaillibles. Le revers de la médaille, sévère, à la brutalité d’une gifle cinglante : la jeune femme souffre de narcolepsie sévère associée à des crises de cataplexie. Son fardeau, qu’elle cherche à dissimuler, du moins à minimiser. Peine perdue. Toute l’équipe est au courant. Cette équipe, cette famille, ce sont hommes et femmes, tous gendarmes, réunis dans un seul but : coincer l’homme que l’on surnomme Freddy. Un croquemitaine, qui emporte avec lui les rires des enfants. Quatre enfants. Ni plus, ni moins. Enlevés par intervalles espacées dans le temps ; sans liens entre eux. Des mises en scènes macabres, insondables. Dos au mur, les gendarmes perdent pied face à cet individu qui se joue de leur impuissance.
Et quand Abigaël, leur principal atout, est victime d’un coup du sort, toute cette affaire va se fracturer en une myriade de petits morceaux, telle une assiette se brisant sur le sol. Et de ces multiples éclats acérés, Thilliez mettra à l’œuvre toute sa virtuosité pour les ré-assembler, un par un. Un véritable artiste.

VIRTUOSITÉ

Franck Thilliez a beau être le maître du thriller, il pousse toujours plus loin son envie de nous surprendre. À travers ses romans diablement bien ficelés, on retrouve sa passion pour les faits scientifiques. On apprends toujours quelque chose. Toujours. C’est aussi cela qui m’attire. Il creuse à fond ses sujets, jusqu’à les connaître sur le bout des doigts. Il stocke les connaissances, les documentations à la pelle, avant de les redistribuer sous la forme d’une intrigue aux ramifications qui semblent infinies. Un arbre gigantesque, d’où une sève couleur ténèbres s’infiltre dans chaque branche. On s’y perd avec une facilité déconcertante. Ça ne loupe jamais. Les personnages sont là aussi très bien construits, et la psychologie d’Abigaël est bien évidemment le moteur principal du récit. On délaisse Sharko (même les monolithes ont besoin de calme) pour un one-shot où le doute est permanent et la méfiance est de mise. La structure du récit est surprenante, déstabilisante. Il n’y a pas qu’Abigaël que l’auteur veut rendre marteau ! C’est le genre de récit à lire deux fois pour bien se rendre compte de certaines subtilités, surtout après avoir lu ce fameux chapitre 57. The Artist.


FRANCK THILLIEZ – RÊVER

Année de parution : 2016
Nombre de pages : 597
Genre : Thriller
Édition : Fleuve Noir


Quatrième de couverture
« Pour la plupart des gens, le rêve s’arrête au réveil. »

Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres.
Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai.
Abigaël a beau être cette psychologue qu’on s’arrache sur les affaires criminelles difficiles, sa maladie survient toujours comme une invitée non désirée. Une narcolepsie sévère qui la coupe du monde plusieurs fois par jour et l’emmène dans une dimension où le rêve empiète sur la réalité. Pour les distinguer l’un de l’autre, elle n’a pas trouvé mieux que la douleur.

Comment Abigäel est-elle sortie indemne de l’accident qui lui a ravi son père et sa fille ? Par quel miracle a-t-on pu la retrouver à côté de la voiture, véritable confetti de tôle, le visage à peine touché par quelques bris de verre ? Quel secret cachait son père qui tenait tant, ce matin de décembre, à s’exiler pour deux jours en famille ? Elle qui suait sang et eau sur une affaire de disparitions depuis quelques mois va devoir mener l’enquête la plus cruciale de sa vie. Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même.

‘Les Faux Cils du Dinosaure’ de Gordon Zola

Diantre ! Fichtre !
Des scientifiques se font décimer à travers l’Europe. Les cadavres sont retrouvés mutilés, mâchouillés par ce qui semble être une bête hors du commun. Des meurtres atroces, dont on murmure que l’auteur serait un dinosaure. Un dinosaure ! Un saurien censé avoir disparu il y a 65 millions d’années !! Que c’est beau pour mes petits yeux ! Associer ce qui ressemble à un thriller à une passion qui m’a dévoré (ahah dino-dévoré… Ok ?) étant enfant, il y avait de quoi me plaire là-dedans. Sauf que l’aspect thriller est piétiné et que l’auteur a préféré lui pisser joyeusement dessus avant de le jeter à la poubelle. Loin de moi l’envie d’en dire du mal, bien au contraire.

DOGME

Une expédition en Alaska. Des scientifiques au pays des Inuits. Une découverte fabuleuse, incroyable, qui bouleversera le dogme établi. Guillaume Suitaume, le premier flic de France, a d’autres soucis. Sa sœur va se marier avec le commissaire principal du Quai des Orfèvres : Hercule Comenvetu. Son boss. Les prochains repas de famille s’annoncent radieux. Pas le temps de se plaindre, surtout qu’il en prend plein la gueule, qu’il se voit appeler d’urgence sur une scène de crime : une ethnologue retrouvée dans son laboratoire, coupée en deux. Quelques indices, pas mal d’incompréhensions et de sang sur le sol, Suitaume et son équipe de bras cassés ne savent pas trop par où commencer. Jusqu’à la découverte d’un carnet de notes de feu l’ethnologue.

THÉORIE

L’enquête policière se la jouant fine et qui aboutit au prix de nombreux rebondissements n’est pas l’objectif de ce roman. De ce poilar, comme dirait l’auteur. Certes, il y a enquête et sa structure se fait dans le classique, avec meurtres bien dégueu et mystères à tout va. Mais ça va vite ! Affaire classée en 24 heures ! Sans importance, car c’est l’à-côté qui mérite de s’attarder sur cette lecture totalement burlesque !
Gordon Zola (sous ce pseudo au goût de fromage se cache Érick Mogis) étaye une théorie vivement critiquée dans le monde scientifique. Ça chamboule la tête et donne à réfléchir. Derrière l’humour omniprésent, les (très) nombreux (parfois trop) jeux de mots et les calembours plus ou moins bien sentis, il y a un vrai sujet de fond.
Passionnant, parce qu’il ouvre de nouvelles perspectives que je ne connaissais pas.
Intrigant, parce que l’on se demande s’il peut y avoir une part de vrai là-dedans.
Une réelle surprise que ce roman, qui est d’ailleurs un bien bel ouvrage (couverture rigide, papier épais, marque-page cousu au livre).
Personnellement, je reprendrais volontiers une tranche de Gordon Zola.


GORDON ZOLA – LES FAUX CILS DU DINOSAURE

Année de parution : 2015
Nombre de pages : 304
Genre : Thriller – Humour
Édition : Le Léopard Démasqué


Quatrième de couverture
Après soixante-cinq millions d’années d’enquête, le mystère est enfin résolu !

‘Nécrologie’ de Paul Cleave

Les romans de Paul Cleave sont décidément à part dans ma jolie collection de thriller. Après avoir lu Un Employé Modèle, écrit à la première personne et où le personnage principal débitait un humour noir avec un flegme déroutant, voici venu le temps de Nécrologie (et non des cathédrales… L.O.L.). L’histoire se raconte toujours à la première personne et se déroule en parallèle d’Un Employé Modèle (l’enquête sur le Boucher de Christchurch, toussa), et ce fût amusant de tenter de déceler des corrélations entre le Boucher et l’affaire du jour. Revenons à nos moutons. Si je pense que Paul Cleave est un auteur à part, c’est qu’il y a une raison : j’ai du mal à accrocher à ses bouquins — oui, même si j’en ai lu que deux à l’heure actuelle — mais une fois le processus lancé, impossible de freiner l’ascension. Pour faire simple, j’ai beaucoup aimé ce livre.

CRISE DE NERFS

Theodore Tate est détective privé dans la ville de Christchurch. Cette dernière est au bord du gouffre du fait des agissements d’un tueur insaisissable. La police est sur les nerfs, les journalistes à l’affût, et les citoyens en proie à la peur. Tate, bien qu’ayant gardé quelques relations au sein des forces de l’ordre, fait désormais cavalier seul. Et ce qu’il va devoir affronter va induire une course poursuite assez rocambolesque avec ses anciens partenaires. Tout commence par l’exhumation d’un ancien directeur de banque, Henry Martins. Officiellement décédé deux ans auparavant de mort naturelle, le détective (encore policier à l’époque)  décide de revoir son jugement depuis que le second mari de son ex-femme meurt à son tour, probablement victime d’un empoisonnement. L’exhumation, déjà éprouvante en soi, déterrera bien plus qu’un simple cadavre. Et quand le gardien s’enfuit au volant d’une camionnette, le coupable est tout trouvé.

ROCAMBOLESQUE

J’ai clairement eu le sentiment de ne pas tout comprendre l’intrigue. Quelque chose m’échappait, un peu comme si j’avais tenté de saisir de l’eau dans une main. J’avais beau relire certains passages, impossible d’imprimer correctement où voulait en venir l’auteur. Non pas qu’il expliquait mal, loin de là, mais le début fût laborieux. Et quand les fondations sont biaisées, le reste suit la même tangente. Arrivé aux trois-quart du récit, je n’ai pas hésité à relire et relire pour être certain d’avoir assimiler tout le mécanisme mis en place par l’auteur. Sans être complexe, l’histoire dispose d’une profusion de personnages auxquels il n’était pas toujours évident de coller des visages. Je pense avoir lu plus riche en la matière, mais ma mémoire me faisait faux bond par moments, la vilaine. Et quand j’ai enfin réussi à reconstituer les pièces qu’il me manquait, les pages ont défilé à une allure plus soutenue. Les nombreux rebondissements sont soigneusement huilés et, comme je l’ai dit un peu avant, le chassé-croisé permanent entre Tate et la police est très plaisant à suivre. Tate attire les emmerdes et ne recule devant rien pour faire progresser SON enquête. Bah oui, la bataille fait rage mais il compte bien coiffer au poteau ses anciens collègues.

GÉRÉ

Le dénouement est improbable mais Cleave le gère parfaitement, gardant toujours l’esprit du lecteur aux aguets. En conclusion, ne pas se fier au titre à la connotation bien funeste !


PAUL CLEAVE – NÉCROLOGIE

Année de parution : 2012
Nombre de pages : 415
Genre : Thriller
Édition : Sonatine


Quatrième de couverture
Christchurch, Nouvelle-Zélande : ses façades victoriennes, ses squares bien tranquilles, ses tueurs en série.

À la suite d’un drame personnel, Theodore Tate, un ancien flic, s’est reconverti en détective privé. Alors que la police est occupée à chasser le fameux Boucher de Christchurch, le serial killer qui terrorise la ville, c’est lui qu’on mandate pour s’occuper d’une banale exhumation, celle du corps d’un directeur de banque dont la veuve est suspectée d’homicide. Là, un glissement de terrain accidentel révèle la présence de trois cadavres immergés dans le lac qui borde le cimetière. S’agit-il de victimes du Boucher, ou bien un autre tueur en série est-il à l’œuvre ? Lorsqu’en plus on découvre dans le cercueil, à la place du corps de l’honorable banquier, celui d’une jeune inconnue, c’est le début d’un engrenage infernal pour Theodore qui va devoir découvrir seul la vérité sur cette affaire. Avant que la police ne découvre la vérité sur lui… et sur ses terribles secrets.

‘Am Stram Gram’ de M.J. Arlidge

Derrière ce titre bien énigmatique se cache en réalité des intentions cauchemardesques. Oubliez la célèbre comptine pour gamins, l’auteur lui préfère une version un peu plus trash, où celui qui est désigné à la fin gagne le droit de mourir. Un jeu de roulette russe qui m’a légèrement rappelé le film d’horreur Saw sorti en 2004… si l’on se fit uniquement au premier ‘meurtre’. Mais rassurez-vous, cette fragile comparaison s’arrête là : le tueur fait certes preuve d’un grand sadisme mais ne se trimbale pas avec une foutue marionnette en bois juchée sur son tricycle.

SILENCE

Helen Grace est policière à Southampton, dans le sud de l’Angleterre. Pas de mari, pas d’enfants, sa vie se résume à son boulot. Plus jeune commandant que le commissariat n’ait jamais eu, elle va bientôt devoir gérer l’affaire la plus tordue de sa carrière. Tout d’abord, une jeune femme retrouvée errante, décharnée et le regard dément, comme si elle venait d’échapper aux griffes du diable en personne. Elle dit avoir assassiné son copain puis s’enferme dans un silence de plomb, refusant d’en dévoiler davantage. À peine Helen arrive-t-elle à lui arracher quelques mots, suffisant pour trouver l’endroit où retrouver le corps. La policière refuse de croire à cette histoire de séquestration et le tirage au sort ayant condamné son conjoint. Pourtant, devant l’état cadavérique de la suspecte et son récit concordant avec les indices retrouvés sur la scène de crime, difficile de remettre en cause ses déclarations. Et quand les disparitions continuent et que les meurtres s’accumulent, calqués sur le même mode opératoire, Helen doit s’y résoudre. Un tueur en série (peut-on l’appeler ainsi ?) sévit et les médias ne tardent pas à s’aiguiser les crocs sur ce dossier brûlant, s’acharnant sur des détails qui ne cessent de troubler Helen Grace. Le projet du kidnappeur se précise au fil des pages, poussant la policière à concevoir l’impensable.

PERVERSION

Sans pour autant être un thriller inoubliable, Am Stram Gram séduit par son efficacité. Peu de temps morts, des secrets enfouis qui ne demandent qu’à être déterrés, agrémentés de quelques passages qui sont comme chaque pièce d’un puzzle que l’on reconstitue à la fin : un tiercé gagnant qui loupe rarement. Dès le début, le constat est clair, l’auteur mise sur des chapitres courts, très courts, pour faire de son récit un page-turner. J’aime bien ce procédé : rapide, concis, du genre à être fini en une journée. Loin de bourriner dans tous les sens, l’enquête est tout de même prenante car l’ingéniosité (et la perversion) du tortionnaire monte en puissance à mesure que les pages augmentent, et l’on se demande clairement jusqu’où va-t-il aller. C’est bien ficelé, l’ensemble est costaud. C’est cool. Seul bémol pour ma part et qui a une importance : les personnages. J’aime pouvoir les aimer, ce qui n’a pas été le cas, surtout concernant Helen Grace. C’est dommage car c’est elle qui tient le rôle principal. Peut-être que ses prochaines aventures me feront changer d’avis. Mais ça reste un détail dans ce qui est, pour le reste, un bon divertissement.


M.J. ARLIDGE – AM STRAM GRAM

Année de parution : 2015
Nombre de pages : 368
Genre : Thriller
Édition : Les Escales


Quatrième de couverture
Deux victimes prises au piège.
Une seule issue : tuer ou être tué.

Deux jeunes gens sont enlevés et séquestrés au fond d’une piscine vide dont il est impossible de s’échapper. À côté d’eux, un pistolet chargé d’une unique balle et un téléphone portable avec suffisamment de batterie pour délivrer un terrible message : « Vous devez tuer pour vivre. » Les jours passent, la faim et la soif s’intensifient, l’angoisse monte. Jusqu’à l’issue fatale.

Les enlèvements se répètent. Ce sont les crimes les plus pervers auxquels le commandant Helen Grace ait été confrontée. Si elle n’avait pas parlé avec les survivants traumatisés, elle ne pourrait pas y croire.
Helen connaît les côtés sombres de la nature humaine, y compris la sienne ; pourtant, cette affaire et ces victimes apparemment sans lien entre elles la laissent perplexe.

Rien ne sera plus terrifiant que la vérité.

‘Le Livre des Prophéties’ de Glenn Cooper

Will Piper est de retour ! Le Casanova du FBI revient in da place (ouais mec), seize ans après sa dernière enquête sur cette incroyable bibliothèque qui lui aura valu bon nombre de soucis. Désormais retraité, le Blond — il m’a toujours fait penser au « blond » du sketch de Gad Elmaleh -— jouit d’un repos amplement mérité, bien qu’un peu forcé, en Floride.
Toujours marié à Nancy, il vit néanmoins seul sur son bateau, préférant laisser sa femme gérer la crise liée à l’Horizon. Car oui, Nancy, elle, travaille toujours : n°2 du FBI, débordée et soumise à une pression énorme de la part de sa hiérarchie, elle doit faire face à une nouvelle vague de cartes postales annonçant des morts prochaines. Un copycat honteusement pompé sur le Tueur de l’Apocalypse, à un détail près : toutes les victimes sont des ressortissants chinois vivant à Chinatown ou San Francisco. Il n’en faut pas plus au gouvernement chinois pour y voir un acte de provocation, propice à une déclaration de guerre. Une bataille bien puérile alors qu’il reste un an avant la date fatidique du 9 février 2027,  le Finis Dierum. La fin des temps…

RÉVÉLATIONS

Le Livre des Morts est indéniablement l’un de mes romans favoris. Une intrigue surprenante accordée à une histoire de fond passionnante, des décors médiévaux qui me donnent l’envie fiévreuse d’entonner un chant grégorien d’Era, un lieu qui sent bon les embruns et le mysticisme, en clair un gros « wahoucesttropbiencebouquin » dans les dents. Après une suite intéressante, l’effet de surprise en moins forcément, Le Livre des Prophéties était censé clôturer la trilogie en répondant à l’énigme posée à la toute fin du premier opus. Glenn Cooper l’a-t-il fait ? Oui et non. Voilà c’est tout pour moi, merci ! Non sérieusement. Au-delà de ma réponse, fruit d’une intense réflexion, décortiquons un peu ce oui et ce non.

COUP DE VIEUX

Je dis oui : l’auteur à une solution, tout simplement ! Qu’est-ce que l’Horizon ? Que se cache derrière l’ultime révélation du livre des morts ? Pas mécontent d’apprendre que Cooper avait tout prévu. Revenons donc à nos moutons. Will vit donc sur un bateau avec son fils Phillip, âgé de quinze ans. L’ex-Apollon (euh pardon… flic) profite des petits plaisirs de la vie et adopte en toute quiétude une philosophie de vie qu’il définit parfaitement : ‘Du moment que je peux pêcher et baiser, tout ira bien‘. T’as bien raison gars ! En adhérant à ces principes, on ne peut que vivre vieux et heureux. Mais quand le petiot disparaît, papy Piper n’a d’autre choix que de remettre le bleu de chauffe, alors qu’il se remet tout juste d’une crise cardiaque. Sale gosse. Le sexagénaire, toujours affûté malgré les circonstances, retrouve rapidement sa trace… en Angleterre, terre natale de Vectis et son insoupçonnable passé (enfin non, maintenant toute l’humanité est au courant). Cooper a préparé comme à son habitude quelques flashbacks remontant à 1297 sur l’île de Wight, théâtre historique des événements liés au Finis Dierum. Il y donne une nouvelle vision des faits, inconnue jusqu’alors, exposant au grand jour une vérité enterrée en même temps que la bibliothèque. Un retournement inattendu (bah oui, le contraire aurait été con), mais…

RISQUÉ

Je dis non : car ce chaînon manquant ne rend pas l’ensemble fluide et cohérent. Et qu’au final, il y a une pointe de déception. Difficile de satisfaire une curiosité qui mijote depuis bien trop longtemps. Trois ans séparent le premier tome et le dernier. C’est peu, mais suffisant pour faire tourner les turbines de l’imagination à pleine balle. L’histoire se lit sans accroc, mais le charme s’efface au gré des pages : c’est le pari risqué des séries qui s’étalent sur plusieurs tomes, d’autant plus que l’explication est, je trouve, bancale. Reste le twist final, l’ultime sursaut, qui se révèle fort intéressant et qui conclut définitivement la saga.


GLENN COOPER – LE LIVRE DES PROPHÉTIES

Année de parution : 2013
Nombre de pages : 400
Genre : Thriller
Édition : Le Cherche Midi


Quatrième de couverture
1297. Depuis plus de cinq siècles, dans les catacombes d’un monastère de l’île de Wight, des générations de scribes se livrent inlassablement à une mystérieuse activité d’écriture. Des milliers de manuscrits s’accumulent dans la bibliothèque jusqu’au jour où tous les rédacteurs sont retrouvés morts.

2009. Will Piper, agent du FBI, découvre que les manuscrits ont été conservés dans une base secrète du désert du Nevada, la zone 51. Ceux-ci contiennent des prophéties d’un genre très particulier, la dernière d’entre elles concernant le 9 février 2027, date de « la fin des temps ».

2026. À quelques mois de la date fatidique, Will Piper va devoir faire toute la lumière sur les secrets des manuscrits. Quelle est leur origine ? Pourquoi ont-ils été gardés dans l’ombre si longtemps, et par qui ? Qu’est-il vraiment arrivé aux scribes qui les ont rédigés ? Enfin, que doit-il se passer exactement le 9 février 2027 ?