‘Réminiscence’ de Gilles Caillot

 

GILLES CAILLOT- RÉMINISCENCE

Année de parution : 2011
Nombre de pages : 273
Genre : Thriller
Édition : Lune Écarlate


Quatrième de couverture
Un homme enlevé à Paris. Des corps décapités et démembrés. Un douloureux souvenir qui remonte à la surface…
Il croyait en avoir fini avec l’horreur mais c’était sans compter sur la folie humaine.
Un jeu de piste morbide. Entre l’Ardèche méridionale à la cité lyonnaise, le capitaine Zanetti, accompagné de Lucie Armand et de Richard Toulalan, va vivre cette enquête comme une véritable course contre la mort. Une seule idée en tête : celle de sauver son frère…


Un disque dur externe au contenu immonde. Un forum où défile les pires perversions.
Un an s’est écoulé depuis l’affaire Jaryd Massal, une enquête délicate qui aura profondément marqué le capitaine Zanetti. Le franco-italien panse ses plaies, tentant d’oublier les atrocités en partant se réfugier en Ardèche, où se trouve une ancienne maison familiale. Un repos salutaire au cœur du village médiéval de Ruoms mais qui sera de courte durée. Les psychopathes, eux, ne prennent pas de congés.

EXCÈS

Alors que Lucie, la jeune cryptographe intégrée au groupe de la Criminelle, prend son mal en patience en attendant le retour de Zanetti, le frère de ce dernier se fait violemment kidnapper. Le début d’une bonne dose d’emmerdes pour le flic. Sans oublier un obscur prologue se déroulant en 1978, Gilles Caillot ferre immédiatement le lecteur. Les cadavres ne vont pas tarder à arriver, accrochez vos ceintures.
L’auteur ne laisse aucun répit et enchaîne de très courts chapitres, faisant défiler les informations sans laisser assez de temps pour les digérer. Perturbée par l’absence de Zanetti, Lucie arrive à percer le coffre-fort du disque externe et pénètre dans un monde d’horreurs, dans la droite lignée des snuffs résultant de la précédente affaire.
Des femmes qui disparaissent, abandonnés dans des cavités terreuses et humides, avec pour seule compagnie une caméra filmant leur agonie. La coupe est pleine pour Lucie, qui ne peut rester aveugle face à cette cruauté. Durant ce temps, Massimo, profitant des joies de la pêche et des vacances, reçoit un colis. Les réjouissances sont lancées. Le sang va couler. Excessivement.

NERVEUX

Le cycle du mal, tome deux. Gilles Caillot ne fait toujours pas dans la finesse. Tant mieux, après tout c’est bien pour cela que l’on choisit de lire cet auteur. Après un premier tome aux idées intéressantes mais pas assez abouties, le lyonnais revient avec son flic fétiche. Le récit carbure, c’est un fait, et les successions rapides des chapitres donne un côté nerveux à l’ensemble. Bémol, la plume de l’auteur peine à l’être. Trop d’incompréhensions et d’invraisemblances jonchent le fil de l’histoire, et ce n’est pas l’épaisse couche d’hémoglobine qui parvient à masquer ces faiblesses. Les idées sont, encore une fois, bien présentes, l’originalité aussi, mais il y a un sentiment d’inachevé. D’inexploité. Les nombreux dédales dans lesquels veut nous orienter Caillot finissent rapidement par perdre de leur attrait, rendant ennuyeux ce qui au départ paraissait être un bon thriller bien bourrin. Les dialogues gagnent cependant en fluidité si l’on compare à L’Ange du Mal, tout comme le déroulement de l’enquête en général. Un gros point positif, qu’un dénouement hélas sans saveur vient gâcher.

DU MÊME AUTEUR
L’Ange du Mal

‘Le Voleur de Regards’ de Sebastian Fitzek

 

SEBASTIAN FITZEK – LE VOLEUR DE REGARDS

Année de parution : 2013
Nombre de pages : 391
Genre : Thriller
Édition : l’Archipel


Quatrième de couverture
Une vague de crimes d’une cruauté sans précédent s’abat sur Berlin. Un tueur en série s’infiltre dans les foyers en l’absence du père de famille, tue la mère, enlève l’enfant et accorde un ultimatum à la police pour le retrouver. Passé cet ultimatum, l’enfant est assassiné. En référence à l’œil gauche qu’il prélève sur ses victimes, les médias lui ont attribué un surnom : le Voleur de regards…
Alexander Zorbach, un ancien policier devenu journaliste, se rend sur une nouvelle scène de crime. Une mère de famille a été assassinée et son fils de 9 ans a disparu. Alexander se retrouve pris dans l’engrenage du jeu machiavélique auquel se livre le Voleur de regards, qui veut lui faire porter le chapeau. Zorbach a 45 heures pour retrouver l’enfant et prouver son innocence. Le compte à rebours est lancé…


Alexander Zorbach est journaliste pour un torchon local, rubrique faits divers. Radié de la police des années auparavant pour une bévue ayant conduit à la mort d’un suspect, ce nouveau métier lui permet de côtoyer le terrain, et donc de rester proche de ses anciennes activités. Alors que l’Allemagne est secouée par les agissements d’un redoutable tueur en série, Zorbach se retrouve malgré lui projeté au cœur de l’enquête,  devenant le suspect principal aux yeux des autorités. Un coup de théâtre qu’il n’arrive pas à expliquer, auquel s’ensuit une rencontre qui va bouleverser son existence…

DÉSAGRÉABLE

Le Voleur de Regards est le second roman de Fitzek à parvenir entre mes mains, après l’excellent Thérapie. Je garde un bon souvenir de ce dernier, c’est donc avec plaisir et curiosité que j’ai voulu en découvrir plus sur cet auteur. Pleack étant un grand admirateur de l’allemand, je me suis laissé convaincre dans ce choix, persuadé d’y trouver-là une lecture haletante nimbée d’un voile mystérieux. Un truc qui prends aux tripes quoi. Mais comme le dit si bien l’adage, les vérités d’hier… ne sont pas forcément celles d’aujourd’hui. Seules les vingt dernières pages, et encore, m’ont maintenu éveillé. C’est peu. Et quand je lis les commentaires flatteurs émanant des blogs et des sites spécialisés, j’ai la désagréable sensation d’être passé au travers de ma lecture. Frustrant…

BROUILLON

Pour commencer, Fitzek nous plonge brutalement dans l’épicentre de l’action. Un départ canon, certes. Mais brouillon. Une distribution des cartes trop rapide, qui ne laisse pas le loisir de faire connaissance avec la galerie des personnages. Zorbach, ou plutôt le jour fatidique de son existence, est présenté en préambule. Une entrée en matière intéressante mais dont l’écriture n’a pas su me captiver.

MANQUE D’INTENSITÉ

Dès lors, difficile d’accrocher le bon wagon et de suivre convenablement la cadence. Les pages défilent mais rien ne s’imprime. Un contenu vide de sens qui n’aura pas attiser mon appétit de lecteur. L’enquête menée par Zorbach et ses acolytes repose sur un rythme soporifique et la quête menant au dénouement est longue, avec des rebondissements manquant d’intensité. Reste le twist final. La marque Fitzek.
Un retournement inattendu, ingénieux, mais qui ne masque pas le sentiment de déception qui ressort de cette histoire.

DU MÊME AUTEUR
Thérapie

‘Un Cri sous la Glace’ de Camilla Grebe

 

CAMILLA GREBE – UN CRI SOUS LA GLACE

Année de parution : 2017
Nombre de pages : 446
Genre : Thriller
Édition : Calmann-Lévy


Quatrième de couverture
Emma, jeune Suédoise, cache un secret : Jesper, le grand patron qui dirige l’empire dans lequel elle travaille, lui a demandé sa main. Il ne veut cependant pas qu’elle ébruite la nouvelle. Deux mois plus tard, Jesper disparait sans laisser de traces et l’on retrouve dans sa superbe maison le cadavre d’une femme, la tête tranchée, que personne ne parvient à identifier.
Peter, policier émérite, et Hanne, profileuse de talent, sont mis en tandem pour enquêter. Seul hic, ils ne se sont pas reparlés depuis leur rupture amoureuse dix ans plus tôt. Et Hanne a aussi un secret : elle vient d’apprendre que ses jours sont comptés.

S’ensuit un double récit étourdissant où chaque personnage s’avère cacher des zones d’ombres. À qui donc se fier pour résoudre l’enquête ?


Jesper Orre est un magnat de l’industrie textile. Directeur d’une chaîne de prêt-à-porter à l’incroyable expansion, l’homme est connu pour ses méthodes de gestions drastiques et son goût prononcé pour les jeunes femmes. Régulièrement mis au cœur de scandales sexuels, il traîne derrière lui une réputation sulfureuse. Alors quand la police découvre chez lui le corps décapité d’une femme, l’émoi est considérable. Qui a pu commettre un tel crime ? L’homme d’affaires est d’emblée le principal suspect mais les enquêteurs ne parviennent pas à le localiser. Bientôt, ils vont devoir se rendre à l’évidence : Jesper Orre a disparu.

L’AMOUR

Le thriller psychologique est un genre très apprécié pour sa capacité à berner le lecteur, lequel s’enfonce progressivement dans ce qu’il croit être le chemin de la vérité avant d’être brutalement dépouillé de ses maigres certitudes. Avant le final qui achève ses bribes de certitudes. Une droite dans la gueule, en somme. Dès lors, le défi est de taille. Un Cri sous la Glace est plébiscité depuis sa sortie en février 2017,  l’auteure étant qualifiée de nouvelle star du polar suédois. Une attente considérable pour ce roman venu du froid nordique. Le découpage de l’intrigue est intéressant, avec trois points de vue qui se succèdent à tour de rôle. Trois personnages amochés, cabossés par les surprises pas toujours roses que réserve la vie. Le déroulement de l’histoire se fait autour d’eux, et Camilla Grebe compose avec ces destins déchirés pour concocter une énigme qui prend, hélas, peu de consistance. Gravitant autour du thème de l’amour, le récit propose une version éloignée du cadre bucolique que l’on peut supposer.

TRADITIONNEL

L’auteure préfère y dévoiler son obscure facette, étalant les ravages et les déviances que cette drogue universelle est capable de provoquer. Cela amène à des êtres lessivés, doutant de leurs capacités, de leurs actes passés et présents. On est loin des bécanes rutilantes et inébranlables de bon nombre de thriller. Le rythme est lent, les indices arrivent au compte-goutte. Rien de bien nouveau, la recette traditionnelle est appliquée avec soin, et ça marche. Mais là où les yeux devraient pétiller, lors des ultimes révélations, le regard reste terne, sans éclat. Certains pans de l’intrigue peuvent être devinés à l’avance, du moins peut-on s’en faire une idée précise. Frustrant. L’intrigue s’annonce excellente, gagne un peu en intensité pour dégonfler dangereusement vers la fin, laissant une incompréhension quant à la légitimité de certains passages.

‘Que ta volonté soit faite’ de Maxime Chattam

 

MAXIME CHATTAM – QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE

Année de parution : 2015
Nombre de pages : 368
Genre : Thriller
Édition : Albin Michel


Quatrième de couverture
Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis… S’il n’y avait Jon Petersen. Il est ce que l’humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin. Et là… sans doute réveillera-t-il l’envie de tuer qui sommeille en vous.


Jon Petersen est un gars du Midwest. Carson Mills pour être précis. À l’image de sa ville natale, celui-ci est un peu paumé, isolé du reste du monde. Et quitte à taper dans le cliché, ce garçon élevé à la ferme s’est malheureusement fait griller quelques neurones par le soleil cuisant de sa région. Pas de chance là-aussi, car son capital d’empathie a fondu en même temps que les câbles ont surchauffés. Ce qui aboutit à un être pas forcément recommandable, dépourvu de compassion, dont l’humanité s’effiloche pour n’en rester qu’un fil sans consistance. Un portrait peu reluisant, dont Maxime Chattam en extrait un pur concentré de barbarie.

TÉMOIGNAGE

L’auteur nous convie à un étonnant voyage sur les plaines arides du Midwest, d’une noirceur se traduisant par une excursion dans des contrées reculées, exemptes de toutes nouvelles technologies. Un témoignage du passé, retranscrit en un superbe hommage. Chattam retrace donc la vie de Jon Petersen. Une authentique ordure dont le passe-temps favori est de cueillir des coquelicots…
Ici, point de chevauchées filant à cent à l’heure. Pas d’explosions, ni de retournements de situations dantesques. Chattam instaure un rythme plus convenable à son enquête, conforme au paysage dans lequel a lieu le récit. Du malsain, du sordide à volonté, et voilà le shérif de Carson Mills plongé dans l’embarras. Fort de son expérience et de sa belle moustache, il va tenter d’élucider une série d’incidents brisant la tranquillité de son district. Jon est-il le coupable ? Impossible de le savoir tant les preuves sont minces.

CULOTTÉ

C’est une immersion totale dans un milieu sale et lugubre que nous propose l’écrivain. La chaleur nous écrase, les puanteurs bestiales s’infiltrent dans tous les pores de notre peau, et d’autres odeurs immorales viennent corrompre nos sens olfactifs. Au travers de ce roman noir, Chattam n’y va pas à la légère (l’a-t-il déjà fait ?) et balance quelques scènes dures, obscènes, créant un alliage délicat entre dégoût et curiosité. Une fascination presque honteuse, dont les sombres penchants sont déployés dans les dernières pages, offrant un épilogue franchement culotté. Dans ce roman, Maxime Chattam travaille sa prose comme jamais. Avec une certaine réussite. Et quand le résultat est au rendez-vous, la lecture devient vite un plaisir exquis, où l’on part à la recherche du sens des mots, de leurs valeurs. Une richesse abordable pour tous.

‘Le Serment des Limbes’ de Jean-Christophe Grangé

 

JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ – LE SERMENT DES LIMBES

Année de parution : 2007
Nombre de pages : 652
Genre : Thriller
Édition : Albin Michel


Quatrième de couverture
Quand on traque le Diable en personne, jusqu’où faut-il aller ?


CATHOLICISME

Luc et Matthieu sont flics au 36. Un duo hors-pair, implacable, coulé dans un métal inoxydable. Les deux hommes sont amis depuis l’adolescence, époque charnière placée sous le sceau du catholicisme. Fervents pratiquants, ils n’ont cependant pas les mêmes idéaux. Deux visions que tout oppose, deux chevaux de bataille aux antipodes, mais qui traceront une même et unique voie. Tout bascule le jour où Luc se suicide. Mort clinique. Et bien vivant. Son existence ne tient plus qu’à un fil ténu, vacillant au-dessus d’un précipice sans fond. Ce sera le point de départ d’une enquête incroyable, d’une puissance destructrice.

CHAOTIQUE

Matthieu ne croit pas à la thèse du suicide. Tous les indices abondent en ce sens, pourtant le commandant n’en démord pas : son ami ne peut pas avoir commis ce geste, affront ultime envers sa religion. Leur religion. Déterminé à mettre la lumière sur cet acte désespéré, Matthieu va remonter le cours du temps, mettant le doigt sur une enquête secrète que menait Luc. Dévoré par la curiosité et l’envie de comprendre, Matthieu suivra ce sillon pestilentiel, vecteur de morts atroces. Dévoilant peu à peu un scénario inouï, ce voyage lui fera traverser l’hexagone, pour l’envoyer aux confins de l’Europe. Une mission chaotique, sanglante. Envoûtante.

SIGNATURE

La signature Grangé est vraiment unique. De l’action pure et dure, aussi violente qu’un rail de coke, laissant peu de place aux sentiments. Le Serment des Limbes est un pavé mais il capte le lecteur d’un claquement de doigts. Un hypnotisme fou, dense et efficace. L’intrigue est une nouvelle fois énorme, tellement complexe que l’on croirait une toile d’araignée gigantesque, aux dimensions inédites. Comme un vulgaire insecte, l’auteur nous propulse sur cette fresque violente, proposant un casse-tête insolite. Une habitude chez lui. Fort d’une documentation exceptionnelle, Grangé nous paume dans un labyrinthe immense pour mieux nous en extraire, avant d’asséner un dernier coup de massue derrière la tête. Un rythme intense, des idées percutantes, mises en place avec talent. Un cocktail savoureux. Malgré la longueur du récit, la lecture n’en reste pas moins séduisante.

DU MÊME AUTEUR
Kaïken