‘Hortense’ de Jacques Expert

Hortense

JACQUES EXPERT – HORTENSE

Année de parution : 2016
Nombre de pages : 315
Genre : Drame
Édition : Sonatine


Quatrième de couverture
1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille Hortense, trois ans, qu’elle élève seule. Celle-ci lui permet d’oublier les rapports difficiles qu’elle entretient avec son ex-mari, Sylvain, un homme violent qui l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte et à qui elle refuse le droit de visite. Un jour, pourtant, Sylvain fait irruption chez elle et lui enlève Hortense. « Regarde-la. Nous allons disparaître et tu ne la reverras plus. »

2015 : après des années de recherches vaines, Sophie ne s’est jamais remise de la disparition d’Hortense. Fonctionnaire au ministère de l’Éducation, elle mène une existence morne et très solitaire. Jusqu’au soir où une jeune femme blonde la bouscule dans la rue. Sophie en est sûre, c’est sa fille, c’est Hortense. Elle la suit, l’observe sans relâche. Sans rien lui dire de leur lien de parenté, elle sympathise avec la jeune femme, tente d’en savoir plus sur elle. La relation qui se noue alors va vite devenir l’objet de bien des mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et la jeune femme est-elle aussi innocente qu’elle le paraît ?


ILLUSIONS

Inspiré d’un fait réel, Hortense est une histoire d’amour. Passionnelle et dévastatrice. Celle d’une mère envers sa fille, son unique enfant qu’elle élève seule. Seule car abandonnée, laissée sur place par son amant quand elle était enceinte. Meurtrie par cette relation illusoire, elle va vivre pour Hortense, et y consacrer tout son temps libre. Jusqu’au jour ou son ex-compagnon refait surface et emporte avec lui les rires de son enfant…

POIGNANT

L’auteur décortique avec soin les liens qui unissent les protagonistes de l’histoire. Une approche simple et sans fioritures, qui dessine lentement les contours d’un récit effroyable, touchant. Et poignant, car cette détresse d’une mère aux abois prend aux tripes. Jacques Expert fait passer un large panel d’émotions lors de la lecture, et on prend vite en pitié cette femme brisée par un destin qui laisse plus qu’un goût amer. Aux détours de chapitres très courts, nous sommes hameçonnés par des non-dits qui attisent forcément la curiosité. Hortense se dévore littéralement. Les questions affluent, les certitudes s’effritent toutes les pages et les suppositions s’étiolent rapidement.
Une maîtrise totale au cœur d’une narration intimiste.

ENTRELACS

L’écrivain joue le jeu en dévoilant la vérité dans les dernières lignes. Auparavant, il aura amplifié la pression en dénouant tout doucement cet entrelacs d’hypothèses naissantes, ferrant le lecteur avec une étonnante facilité.
Une conclusion rapide sans être bâclée, renversante, mais qui laisse subsister une petite déception.

‘Régis’ de James Osmont

41wB0zxFJGL

JAMES OSMONT – RÉGIS

Année de parution : 2016
Nombre de pages : 264
Genre : Drame


Quatrième de couverture
Régis aime la littérature et l’automne, les décibels et l’errance. Il n’a pas choisi le mal qui le ronge. Vivant la plupart du temps en lui-même, il perçoit une réalité déformée et angoissante, où tout fait sens. Dans sa psychose, il s’accroche à de fragiles repères : des personnages sans nom, des impressions sans fondement, des chansons sans espoir… Pourtant, peu de temps avant les attentats du 13 novembre 2015, le retour d’un mystérieux persécuteur va faire vaciller son équilibre précaire. Jusqu’au point de non-retour…


POÉSIE

Régis est un ovni littéraire. Porté par un certain succès dans la petite sphère des groupes de lecture facebook, ce premier roman auto-édité par James Osmont est intéressant autant qu’éprouvant. Intéressant dans cette manière de jouer avec les mots, comme si l’auteur proposait une poésie dantesque qui s’étalerait sur plus de 200 pages. Une plume particulière qui plaît ou non. Éprouvant car cette faculté que possède Osmont peut rapidement perdre le lecteur dans un maelström de figures stylistiques, qui peut dès lors se transformer en rideau hermétique.

RECLUS

Mais la beauté de ses phrases donnent envie de s’aventurer dans ce récit dramatique. Soignant en psychiatrie, James Osmont connaît son métier et le transpose à l’écrit avec délicatesse. Il nous montre le quotidien de Régis, pensionnaire d’une unité psychiatrique. Un monde reclus où se mélangent folie et destruction. Plusieurs personnes s’y côtoient, des nombreux patients au personnel médical. Des infirmiers(-ères) dont les barrières mentales menacent de s’effondrer.

COMPLEXE

Complexe, l’histoire se perd dans les méandres étranges des pensées à Régis. Une plongée intime dans la démence, ponctuée par quelques salves musicales choisies par l’auteur, à écouter pendant la lecture. Pour mieux se fondre dans la peau de Régis. Une curiosité, très originale, pas forcément facile d’accès.

‘La Femme en Vert’ d’Arnaldur Indridason

La Femme en Vert

ARNALDUR INDRIDASON – LA FEMME EN VERT

Année de parution : 2006
Nombre de pages : 299
Genre : Drame
Édition : Métailié ‘Noir’


Quatrième de couverture
Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d’une fête d’anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain.
Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d’Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l’hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il lui raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions.
L’enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant, qui met en scène, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une femme et ses deux enfants. Une femme victime d’un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout.


HISTOIRE D’OS

Reykjavik.
Une fête d’anniversaire, organisée en la faveur d’un enfant de huit ans. Tout se passe bien, les rires innocents fusent et le pop-corn ne va tarder à être prêt.
Le grand frère d’un des jeunes invités attends tranquillement dans le canapé, loin de ces joies enfantines. Puis il remarque quelque chose. Un objet blanc, lisse, qui se fait mordiller avec envie par une fillette. Il s’approche d’elle, voulant s’assurer que ses yeux ne lui jouent pas un tour. Mais ce n’est pas le cas. C’est bien un os, un os humain.
D’où vient-il ? De qui provient-il ?

Le commissaire Erlendur est appelé sur place, et rejoint ses deux adjoints de la Criminelle : Sigurdur Oli et Elinborg. Un trio aussi complémentaire que différent.
Aidé d’un archéologue, les policiers vont remonter le temps, à travers une enquête magnifiée par le talent de l’écrivain islandais.

PIÈGE

Reykjavik.
Seconde Guerre mondiale. Une femme subit le courroux de son mari, jour après jour, devant les regards effarés et apeurés de leurs enfants. Piégée par cet homme qui semble pouvoir décider de vie ou de mort sur sa famille, elle tentera d’échapper à cette horreur quotidienne, quel qu’en soit le prix. Mais assujetti à la brutalité de son époux, elle finira par se résigner, jusqu’au jour où l’espoir rejaillira.

PUISSANCE

Époustouflant. Partant d’un fait courant, Indridason dresse là un portrait déroutant, celle d’une famille meurtrie, à sa manière, par les retombées de la Seconde Guerre mondiale. Particulièrement cruel, le récit mise sur des dialogues d’une incroyable efficacité, plongeant le lecteur dans un environnement froid, dénué d’affection et terriblement douloureux.
Alternant entre deux époques, celle d’une Islande impactée par l’arrivée des soldats américains durant la Guerre, et celle contemporaine, l’auteur écrit ici un roman puissant, d’une beauté exceptionnelle, malgré une terreur de tous les instants.

‘Seul le Silence’ de R.J. Ellory

Seul le Silence

R.J. ELLORY – SEUL LE SILENCE

Année de parution : 2008
Nombre de pages : 504
Genre : Drame
Édition : Sonatine


Quatrième de couverture
Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps d’une fillette assassinée. Une des premières victimes d’une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l’affaire semble enfin élucidée, Joseph s’installe à New-York. Mais, de nouveau, les meurtres d’enfants se multiplient…
Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante.


La couverture du livre nous incite fortement à jeter un œil à l’intérieur puisque le roman est qualifié de « magnifique ». Plus à ranger du côté d’un récit dramatique, l’histoire débute à Augusta Falls en 1939. L’époque choisie par l’écrivain est déjà morose en soi puisqu’elle signifie le début de la Seconde Guerre mondiale et l’envoi par milliers de soldats américains sur les champs de batailles.

TRAGIQUE

En plus de cet épisode tragique qui restera en fond de trame durant la première moitié du roman, il faut préciser qu’à cette époque l’Amérique était extrêmement méfiante vis-à-vis des étrangers. C’est donc dans ce contexte d’une terrible froideur que le récit commence.
Lorsque les premiers meurtres se succèdent, Joseph, qui a découvert le premier corps, et ses amis décident de créer un « club » pour aider à la capture de l’assassin. Hélas, ils ne sont que des gamins, tellement démunis face à la cruauté des adultes. Un événement tragique fera alors basculer Joseph dans un sentiment profond de culpabilité qui ne le quittera plus jamais par la suite.

NEW-YORK

Jeune adulte, désireux de mener une vie loin de ses tourments d’enfance, Vaughan part pour New-York avec le rêve de devenir écrivain.
Mais le passé n’est jamais bien loin, et le tueur d’enfants d’Augusta Falls ne semble pas en avoir fini avec lui…

Ne vous attendez pas à une enquête policière comme dans tout thriller qui se respecte. Non, car comme expliqué un peu plus haut, c’est plus un récit sur le ressenti de Joseph durant toutes ces années qui est mis en avant, ainsi que toute la noirceur de ces faits horribles qui lui rongent l’esprit et le corps. C’est très bien écrit, Ellory a une plume de qualité mais parfois, il s’embourbe dans des figures de style pompeuses.

EFFICACE

La fluidité du récit en pâtit car certaines parties sont longues, mais cela se suit sans trop de difficultés, bien que l’on pourrait aisément sauter des pages sans pour autant perdre le fil de l’histoire. Le dénouement arrive très tardivement, vers les dix dernières pages. Rapide mais terriblement efficace, il subsiste par la suite un profond sentiment de tristesse envers Joseph fortement bien distillé.

Ne vous attendez pas non plus à des réponses allant de but en blanc et des explications fournies, mais juste la fin d’un long et douloureux cauchemar s’étant étalé sur plus de trente ans.