Interview de James Osmont

James Osmont

 

Les interviews littéraires sont toujours enrichissantes, apportant de nombreuses réponses aux curieux lecteurs que nous sommes. J’ai eu le plaisir d’avoir un entretien avec James Osmont, jeune auteur du bout du monde, qui nous présente avec grand intérêt son premier roman : Régis.

Véritable phénomène sur la toile de l’auto-édition, c’est avec plaisir qu’il partage sa plume pour répondre à mes questions.


Bonjour, James. Pour commencer, une petite présentation pour les lecteurs qui ne te connaissent pas.

Bonjour tout le monde ! Alors j’ai 34 ans je suis de Brest le coin où il pleut soi-disant tout le temps et que la dame de la météo cache tout le temps avec son brushing… je suis infirmier en psy depuis 10 ans, je suis photographe et j’expose mon travail depuis environ 3 ans, j’ai animé un fanzine musical de 2002 à 2012, et donc j’ai écrit Régis dans la période post-Bataclan, dans une urgence, sans que le roman en parle plus que ça mais ça a été un déclencheur émotionnel sur le plan de la création…

 

Ton premier roman, le bien nommé Régis, est un ovni littéraire qui ne passe pas inaperçu sur certains groupes de lecture facebook. T’attendais-tu à un tel accueil ?

41wB0zxFJGLPfff non évidemment c’est totalement fou, inattendu, inespéré, un tel bouche-à-oreilles sans soutien marketing traditionnel, en artisan un peu, en auto-édition totale quoi… ce n’était pas du tout un de ces livres-produits préfabriqués et destinés a faire l’unanimité, il est atypique sans doute, sombre, poétique, bourré de partis pris narratifs clivants, et je ne parle même pas du prénom du héros ou de la couverture signée de mon ami Laurent Fièvre… L’engouement est incroyable et me réconcilie avec mes semblables quelque part ! Haha…

Plus sérieusement, je pense que les gens apprécient de ne pas être pris pour des idiots sur le plan de le clinique psychiatrique (souvent caricaturale et superficielle) ou sur le plan de l’exigence de l’écriture… J’ai beaucoup de retours sur l’authenticité et l’humanité qui ressort de ce récit, c’est très riche humainement ces échanges dans les groupes dont tu parles, notamment les Mordus de Thrillers, que je salue au passage !

 

Comment t’es venu l’idée d’une telle histoire ? Ton vécu en tant que soignant certainement, mais y a t-il autre chose ?

Bien sûr mon expérience aux urgences psychiatriques laisse des traces, blesse, marque, mais nourrit aussi, c’est un domaine qui fait réfléchir sans cesse sur la condition humaine, sur la manière dont la société gère la misère, les carences, l’inaptitude, son fantasme sécuritaire aussi…

Après il en s’agissait pas d’en faire un carnet de route croustillant, ça a mis 10 ans à mûrir mais c’est une pure fiction, crédible, réaliste, crue parfois mais c’est bien une histoire que je vous raconte… C’est drôle d’entendre les gens en douter presque, me parler avec émotion de Régis comme d’une vraie personne, un pauvre patient au destin funeste… Y’en a plus d’un qui a pleuré, même si tous ne l’ont pas avoué je pense ! Hehe…

 

Ton style est très poétique. Tu utilises un langage riche, varié, et franchement original. D’où tires-tu ton inspiration ?

Du quotidien, comme on le disait plus haut, de la manière dont je le digère, de ce que je suis aussi, mes opinions, mes engagements, mes goûts, évidemment qu’il y a de moi dans cette poésie. Cette réflexion sur le Monde, c’est bien sûr un travail presque philosophique qu’il y a en dessous et que je travaille depuis des années maintenant, au travers de la photo auparavant et désormais par les mots, c’est un prisme différent mais les mêmes sujets de réflexion…

 

La musique prends une part importante dans Régis. Cette histoire a-t-elle été écrite avec les chansons en tête ?

Oui la musique est omniprésente dans le psychisme de Régis : elle le cajole, le guide, le rassure, mais l’influence, le trompe, le persécute aussi, il a une relation très ambivalente vis-à-vis de son lecteur MP3, presque comme un personnage à part entière…

Dans la vie aussi j’écoute de la musique tout le temps, j’ai chroniqué de la musique pendant des années comme je vous le disais plus haut, mettre des mots sur des émotions c’est donc pas nouveau, ça m’a accompagné aussi dans mon travail photo, mêler des médias pour proposer des émotions plus complexes, c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup…

Mais ça a été aussi un gros travail de recherche puis de traduction… Au final ça donne aussi un parti pris atypique à Régis et y’a des gens qui ont totalement adhéré en lisant le livre avec la bande-son dans les oreilles (dispo sur YouTube), pour lire comme j’ai écrit et comme Régis vit…

 

Régis est auto-édité. As-tu eu cette volonté dès le départ ? Quels avantages y vois-tu ?

Ben l’auto-édition c’est surtout une nécessité, je sais bien ce qu’on en dit, ne pas être édité c’est ne pas être passé par la sélection, la correction, l’expertise… mais c’est aussi ne pas connaître les bonnes personnes, les pistons, le petit microcosme ou manquer de chance quand un manuscrit sur 100 est lu dans les maisons d’édition…

Moi je le vois surtout comme un tremplin et une grande famille, avec pas mal d’entraide etc… et puis ce qui doit se produire se produira… les avantages c’est évidemment la mainmise totale avec ses excès et ses maladresses mais son authenticité aussi… on parlait de la musique, mais la couverture aussi est un choix fort et clivant qui n’aurait peut-être pas été validé par une ME, pas assez consensuel, alors qu’au final c’est un vrai succès, elle suscite l’intérêt, la curiosité, parce qu’elle comporte comme le roman lui-même plusieurs niveaux de lecture…

 

Pour terminer, quels sont tes projets à venir ?

Projets ? Oui un tome 2 probablement… c’est en cours, c’est même bien avancé… Auto-édition aussi a priori… Je ne sais pas où ça mènera, peut-être que ça prendra à nouveau d’autres formes, j’ai toujours créé comme ça, en m’écoutant, en allant au bout de l’idée aussi pour pas que ce ne soit qu’une lubie…

Les Âmes Turbulentes
Les Âmes Turbulentes

J’ai un autre projet photo en cours aussi en collaboration avec des danseurs, « Les Âmes Turbulentes » ça s’appelle… Sinon pas mal de dédicaces à prévoir et notamment une participation au Bloodwave Festival fin octobre à Saint-Nazaire (avec Laurent Fièvre justement), un événement hybride entre concerts, expos et salon du livre dédié aux cultures black, thriller, metal, fantastique, etc dans plein de domaines…

 

Un petit mot pour finir ?

En guise de conclusion, je veux surtout remercier encore une fois toutes les personnes qui ont été curieuses, ont lu, qui ont joué le jeu, puis qui ont cerné que sans bouche à oreilles pas d’auteurs auto-édités, et qui se sont donc emparés de Régis, presque comme si c’était leur roman pour aller en parler a droite a gauche, y compris dans leur librairie habituelle… Si le livre est présent depuis quelques semaines dans plusieurs Cultura, Leclerc Culture ou même en Belgique et en Suisse c’est uniquement grâce à cette chaîne humaine… MERCI !

 

Quelques liens intéressants :

  • infos, commentaires lecteurs, clip, bio, commandes : Régis
  • version numérique disponible sur 90 librairies en ligne, version papier disponible sur Amazon.fr ou via contact avec l’auteur (avec dédicace) : josmontphotos@gmail.com
  • Page facebook de James Osmont

‘Régis’ de James Osmont

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JAMES OSMONT – RÉGIS

Année de parution : 2016
Nombre de pages : 264
Genre : Drame


Quatrième de couverture
Régis aime la littérature et l’automne, les décibels et l’errance. Il n’a pas choisi le mal qui le ronge. Vivant la plupart du temps en lui-même, il perçoit une réalité déformée et angoissante, où tout fait sens. Dans sa psychose, il s’accroche à de fragiles repères : des personnages sans nom, des impressions sans fondement, des chansons sans espoir… Pourtant, peu de temps avant les attentats du 13 novembre 2015, le retour d’un mystérieux persécuteur va faire vaciller son équilibre précaire. Jusqu’au point de non-retour…


POÉSIE

Régis est un ovni littéraire. Porté par un certain succès dans la petite sphère des groupes de lecture facebook, ce premier roman auto-édité par James Osmont est intéressant autant qu’éprouvant. Intéressant dans cette manière de jouer avec les mots, comme si l’auteur proposait une poésie dantesque qui s’étalerait sur plus de 200 pages. Une plume particulière qui plaît ou non. Éprouvant car cette faculté que possède Osmont peut rapidement perdre le lecteur dans un maelström de figures stylistiques, qui peut dès lors se transformer en rideau hermétique.

RECLUS

Mais la beauté de ses phrases donnent envie de s’aventurer dans ce récit dramatique. Soignant en psychiatrie, James Osmont connaît son métier et le transpose à l’écrit avec délicatesse. Il nous montre le quotidien de Régis, pensionnaire d’une unité psychiatrique. Un monde reclus où se mélangent folie et destruction. Plusieurs personnes s’y côtoient, des nombreux patients au personnel médical. Des infirmiers(-ères) dont les barrières mentales menacent de s’effondrer.

COMPLEXE

Complexe, l’histoire se perd dans les méandres étranges des pensées à Régis. Une plongée intime dans la démence, ponctuée par quelques salves musicales choisies par l’auteur, à écouter pendant la lecture. Pour mieux se fondre dans la peau de Régis. Une curiosité, très originale, pas forcément facile d’accès.