‘Carthago Adventures – Chipekwe’ de Christophe Bec

Chipekwe

CARTHAGO ADVENTURES – CHIPEKWE

Année de parution : 2014
Nombre de pages : 56
Genre : Aventure, Fantastique
Édition : Les Humanoïdes Associés


Quatrième de couverture
L’homme croit avoir tout exploré, tout découvert. Il s’imagine avoir maîtrisé son environnement et n’avoir plus rien à craindre de ses prédateurs d’autrefois.

Mais il y a, au sommet des montagnes les plus escarpées, au fond des abysses ou dans la touffeur de jungles reculées, des créatures qui rôdent. Des géants aux mâchoires acérées qui ont peuplé les cauchemars de nos ancêtres.
Des chimères ? Des mythes anciens et dépassés ?

Ce sont en réalité des avertissements qui ont traversé les âges. Il suffit de savoir écouter…


Carthago Adventures est un spin-off de la série Carthago. Ces deux séries sont consacrées à la cryptozoologie, soit l’étude d’animaux à l’existence controversée, et dont beaucoup ne restent qu’au simple statut de mythe (ex : monstre du Loch Ness).

LÉGENDE

Un sujet très intéressant qui suscite la curiosité et la convoitise dans de nombreuses parties du globe terrestre. Contrairement à la série-mère (qui elle, traite de la fabuleuse découverte du mégalodon), Carthago Adventures sont des tomes pouvant se lire indépendamment les uns des autres.
Dans cette bande dessinée, Christophe Bec s’attaque à une légende africaine, celle d’un lézard géant qui hanterait le lac Dilolo, en Angola. Pour lever le voile sur ce mystère, Feiersinger, un milliardaire autrichien, collectionneur de chimères particulièrement égoïste, réquisitionne son aventurier fétiche, London Donovan, afin de retrouver et capturer cette créature venue des tréfonds de la préhistoire.
Commence alors une course effrénée et sanglante dans les eaux noires du lac, où Occidentaux et autochtones s’affronteront sur le terrain d’un dieu ancestral.

BUSINESS

Supercheries, attrape-touristes et passion dévorante. La supposée existence de bêtes préhistoriques a fait couler énormément d’encre, et ce encore de nos jours. Des fantômes d’un passé inconnu, d’une époque gigantesque, dangereuse et malgré tout séduisante. Il suffit de voir les documentaires ou les longs-métrages — la saga Jurassic Park pour ne citer qu’elle — pour noter ce succès auprès du public.
Christophe Bec, qui s’occupe du scénario, pointe (légèrement) du doigt ce business florissant, fleurant bon le fric facile pour les escrocs. Sans pour autant oublier de préciser que les légendes ont toutes un fond de réalité…

BASIQUE

Malgré une entame prometteuse, le récit trace sa voie linéaire et propose une intrigue basique, à la manière de certains films de série Z. De l’action pure et simple, sans prise de tête. Avec un brin de facilité, l’énigme du Chipekwe est résolue trop rapidement. Mais pour la rigueur scientifique, on repassera. Un bande dessinée de détente, sans prétention, qui se lit vite, mais qui malheureusement peut s’oublier tout aussi vite.

‘Grands Anciens T.2 – Le Dieu Poulpe’ de Jean-Marc Lainé

Grands Anciens T.2 - Le Dieu Poulpe

GRANDS ANCIENS T.2 – LE DIEU POULPE

Année de parution : 2011
Nombre de pages : 48
Genre : Fantastique
Édition : Soleil


Quatrième de couverture
Nouvelle-Angleterre, 1850.
Le jeune Ishmaël écoute avec incrédulité le récit que lui fait Herman Melville… L’écrivain lui conte l’aventure fantastique d’un capitaine baleinier, Achab, embarqué pour une campagne qui l’entraînera aux confins des océans et de la folie ! Ainsi que le destin de ce marin au corps couvert de cicatrices, qui sera peut-être le dernier espoir des matelots du Pequod.

Ishmaël ne croit pas ce que Melville lui raconte. Il ne croit pas à la folie du survivant d’un naufrage passé, qui délire et parle dans une langue qu’aucun humain ne connaît. Et il ne croit pas à l’apparition de ce monstre tentaculaire qui envoie les navires par le fond.

Ishmaël ne croit pas à la légende du Kraken.


Nous avions laissé à la fin du premier tome le capitaine Achab et son équipage aux prises avec le gigantesque Kraken. Le second opus débute exactement là où le premier s’était terminé et nous sommes spectateurs d’un combat éphémère puisque le rapport de force est assez inégal, mais Achab n’en restera pas là…
Henri Melville est toujours le narrateur de cette fantastique épopée et son histoire racontée au jeune Ishmaël peut être perçue comme un remodelage de son fameux Moby Dick.

SPLENDIDE

Le dessin est toujours d’une remarquable précision, et l’ambiance sombre et lugubre telle que l’on peut se l’imaginer est bien présente. Les hommes d’Achab sont tourmentés par les visions de la bête, cette dernière ayant mené leurs âmes dans des abysses d’une noirceur indicible, condamnant dès lors leurs esprits à errer dans la folie. On retrouve ici les ingrédients des divinités imaginées par Lovecraft au début du XXème siècle. D’ailleurs, de longues litanies sur le culte de Cthulhu sont fréquemment utilisées dans les planches.

Le travail de Bojan Vukic est encore une fois splendide et ce dernier se surpasse pour nous imprégner de la terreur, la folie et la haine éprouvées tout au long par les marins.

NOUVELLE AMPLEUR

L’accent fantastique prenant une nouvelle ampleur dans ce deuxième tome, l’auteur introduit également un personnage fantastique issu de la littérature anglaise. Même si sa présence ne prête pas à la situation, Jean-Marc Lainé ne le place pas là tel un pion stupide mais au contraire le fond parfaitement dans le récit et celui-ci prêtera main forte à l’équipage du Pequod pour un second et ultime assaut envers le Kraken/Cthulhu. Là, il faut apprécier la logique de la collection 1800 qui se veut de réunir plusieurs grandes figures de la littérature du XIXème siècle. Cette troisième référence, après Moby Dick et Cthulhu, bien qu’ayant un certain intérêt dans le déroulement de l’action, est relativement peu à-propos surtout que le premier tome s’est effectué sans sa présence.

TITANESQUE

Au terme d’une bataille titanesque s’étalant sur un bon tiers de la bande dessinée, Melville nous apporte une réponse concernant les baleines blanches, censées être les proies des baleiniers mais devenant au contraire leurs alliées. Là aussi les auteurs usent de l’univers lovecraftien et nous propose une vue sur la cité engloutie R’lyeh, là où « Cthulhu rêve et attend »…

DANS LA MÊME SÉRIE
T.1 – La Baleine Blanche

‘Grands Anciens T.1 – La Baleine Blanche’ de Jean-Marc Lainé

Grands Anciens T.1 - La Baleine Blanche

GRANDS ANCIENS T.1 – LA BALEINE BLANCHE

Année de parution : 2010
Nombre de pages : 48
Genre : Fantastique
Édition : Soleil


Quatrième de couverture
Nouvelle-Angleterre, 1850.
Le jeune Ishmaël marche sur les quais de New Bedford, rêvant à de longues campagnes sur le pont d’un baleinier. Une à une, il écoute les légendes que se racontent les marins burinés, bourrant de tabac leur brûle-gueule et vidant des bouteilles de rhum dans la chaleur des auberges. Il écoute la légende de cette histoire blanche qui fend l’étrave des navires, et que les marins ont aperçue sur les sept mers. Il découvre la légende de ce capitaine boîteux qui traîne sa jambe de bois et son obsession sur tous les océans. Mais, il lui reste à découvrir le plus effrayant des récits de marins, la plus terrible des légendes.

La légende du dieu poulpe des profondeurs.
La légende du naufrageur.

La légende du Kraken !


La rencontre entre l’univers d’Herman Melville et celui de Lovecraft. À priori deux styles diamétralement opposés.

MOBY DICK VS. CTHULHU

Un point commun peut cependant subsister : celui de la mer, des vastes océans. Moby Dick pour Melville et Cthulhu pour Lovecraft. Deux immenses créatures, redoutées de tous et légendaires, régnant dans les eaux profondes, là où l’homme n’a que peu de maîtrise sur les événements.
Cette série, en deux tomes, nommée Grands Anciens (divinités extraterrestres issues de l’œuvre foisonnante de Lovecraft), met en scène Ishmaël, le capitaine Achab et Melville lui-même en tant que narrateur. Les personnages principaux de Moby Dick sont donc présents.

IMPRESSIONNANT

Pour un premier essai, Bojan Vukic nous montre-là un beau coup de crayon. Décors superbes, parfaitement détaillés, et une magnifique couverture rappelant Les Dents de la Mer, voire Piranhas 3D. Les personnages, bien qu’un peu trop statiques, sont bien faits et l’on imagine sans peine les différentes répliques. Achab possède une certaine prestance, Melville se mue en vieux sage narrant des contes au coin du feu et Ishmaël en jeunot à la gueule d’ange écoutant gentiment l’ancien.

Côté scénario, le début ronronne un peu. C’est un peu lent mais l’histoire racontée reste sympathique. Les quelques longueurs sont vite oubliées quand les baleiniers se mettent à la mer pour chasser la bête : le Kraken. Ce dernier est tout bonnement impressionnant et fait pétiller les yeux lors des dernières planches.

COSMIQUE

Le titre de la série peut laisser voir un dénouement pour le moins « cosmique ». Voilà bien le désavantage d’une série en plusieurs tomes, surtout si elle s’avère intéressante dès le début : il faut patienter et spéculer sur l’éventuel épilogue à venir.
Le premier tome suit l’œuvre de Merville, le second sera peut-être plus axé sur l’univers fantasmagorique de Lovecraft.

Attendons de voir l’oeuvre complète pour donner un avis définitif.

DANS LA MÊME SÉRIE
T.2 – Le Dieu Poulpe

‘Nosferatu T.2 – Para Bellum’ d’Olivier Peru

Nosferatu T.2 - Para Bellum

NOSFERATU T.2 – PARA BELLUM

Année de parution : 2012
Nombre de pages : 56
Genre : Fantastique
Édition : Soleil


Quatrième de couverture
Tout mon être désire te vider de ton sang, mais cela serait trop doux. J’ai deux millénaires de douleur à partager avec toi.

Je veux que désormais, tu vives dans la haine et la peur.


Suite et fin du diptyque consacré au vampire originel : Nosferatu. Pas si originel que cela car le second tome nous en apprend plus sur la genèse du Mal. Nosferatu, accompagné de Vladek, nous conte la légende des ancêtres, les vampires les plus puissants et les plus vieux au monde. Ainsi, à travers de nombreux flashbacks, les auteurs nous entraînent dans l’une des plus anciennes civilisations, et sans doute aussi l’une des plus cruelles. C’est à travers elle que le vampire Nosferatu va naître, au côté d’un allié pour le moins surprenant. C’est totalement incongru mais tant pis, c’est hilarant et finalement ce n’est pas si indigeste que cela.

AMOUR

Le dessein du Nosferatu prend nettement plus forme mais, malgré sa puissance et son aura, il va vite avoir à rendre des comptes à des êtres tout aussi rusés que lui. Ainsi commence une guerre intense qui va vite atteindre son paroxysme. Surtout que la plus grande faille du vampire réside dans sa part d’humanité qui lui fait ressentir le sentiment propre à tous les mortels : l’amour.
Immortel ou pas, il va bien prendre cher à cause de ce « détail ».

DÉTRESSE

Sinon du côté des « gentils », il y a Éric, chasseur de vampires possédant, outre un goût prononcé pour la castagne, un vocabulaire très riche et varié. Ce brave homme, dont la vie a été brisée à tout jamais des années auparavant par une horde de vampires ayant décimé sa famille, se met en tête de tuer le Maître. Bon ok, mais cela exigera quelques sacrifices. L’histoire d’Éric, enfin celle d’avant le drame, nous est brièvement racontée les 3-4 premières pages. C’est gore, on ressent ce sentiment de détresse que peut éprouver un homme devant un tel carnage, mais surtout la mise en page est parfaite. La transition entre cette époque et la nôtre est également bien trouvée.

Ce deuxième opus est beaucoup plus sanglant que son prédécesseur, faute aux flashbacks qui nous livrent sur un plateau l’extrême férocité et les atrocités accomplies par les bêtes sanguinaires. Car, comme l’annonçait le premier tome, nous n’avons pas affaire à des vampires en guimauves. Le récit nous offre un bon moment de lecture, le tout agrémenté de dessins très corrects. C’est beau, puissant, et les différents détours dans l’histoire du Nosferatu sont bien manœuvrés. C’est costaud et on ne s’ennuie pas.

SPLENDIDE

La toute fin est, à mon sens, tout bonnement splendide et place cette bande dessinée un cran au-dessus de beaucoup d’autres.
Rien n’est fait à la légère, la trame principale possède des bases solides qui ont été consolidées tout au long des deux tomes, et a atteint réellement son apogée lors de ce final conclut magistralement. Car Nosferatu est à la fois le bon, le méchant, le bourreau et la victime. On ne sait dès lors plus où se situer et dans quel camp se placer.

En résumé, l’abondance de superlatifs pour commenter cette bande dessinée n’est certainement pas fortuite.

DANS LA MÊME SÉRIE
T.1 – Si Vis Pacem

‘Nosferatu T.1 – Si Vis Pacem’ d’Olivier Peru

Nosferatu T.1 - Si Vis Pacem

NOSFERATU T.1 – SI VIS PACEM

Année de parution : 2011
Nombre de pages : 48
Genre : Fantastique
Édition : Soleil


Quatrième de couverture
« Je boirai toutes vos douleurs et je vous rendrai ce que vous avez perdu. Croyez en moi, priez pour moi et je vous apporterai le salut. Car ici, cette nuit, nous fondons une église …
L’église de vos peines.

Et toutes les nuits,

je reviendrai, mes enfants … »


Encore une œuvre sur les vampires. Le succès des différents ouvrages ayant pour thème ces créatures ne s’est jamais démenti (d’ailleurs, le sera-t-il un jour ?), et Olivier Peru nous propose ici en qualité de scénariste, en collaboration avec un excellent dessinateur, une nouvelle histoire sur le mythe du vampire.

Mais pas n’importe lequel : ici il n’est pas question du célèbre et classique Dracula, ni de vampire mièvre façon Twilight. Là, Peru s’attaque au Nosferatu.

PUISSANCE ET CRUAUTÉ

Le Nosferatu est le nom officieux de Dracula, donné par Murnau dans son film muet en 1922. Le réalisateur allemand lui avait alors donné un aspect repoussant, chauve et bossu, blanc comme un linge et doté de doigts crochus. Bien loin de l’image du comte séducteur dans le roman de Bram Stocker.

C’est donc un mort-vivant plus proche de celui de Murnau qui nous est ici dévoilé. Mais le Nosferatu est dépeint comme le premier vampire, le plus puissant de tous.

Disparu de la surface de la Terre durant la seconde guerre mondiale, tout le monde le croyant anéanti, il réapparaît cependant près des bidonvilles de Bombay, un peu par hasard. Il est animé d’un certain esprit de revanche vis-à-vis d’une trahison dont il a subi les frais mais le premier tome de ce diptyque ne nous en apprend pas plus.
Sa résurrection est bien mise en avant avec un fond de page entièrement noir durant ce passage. De quoi nous laisser présager une histoire sombre, collant parfaitement avec l’image d’un vampire, qui plus est le premier de cette race. Les décors nauséabonds et remplis de pauvreté de l’Inde à la saison des pluies nous font comprendre que les auteurs n’ont pas choisi de nous laisser l’espoir d’une issue heureuse. D’ailleurs, non seulement Nosferatu effraie les humains, mais il terrifie encore plus les vampires, dont Vladek, son « enfant ».

FLASHBACKS

Le coup de crayon affirmé de Martino nous plonge dans quelques flashbacks, qui nous permettent d’en savoir un peu plus sur les personnages principaux (Nosferatu et Vladek) et de tracer les contours des motivations personnelles qu’ont ces deux vampires à se faire la guerre.
Magnifiques flashbacks d’ailleurs, qui se font par transitions intéressantes pour certaines (le corbeau nous menant vers Rome). Les humains et vampires ne peuvent qu’assister impuissants au réveil du monstre, ce dernier usant de ruses et de la force pour parvenir à on ne sait quel but.

Comme tout bon premier tome qui se respecte, on ne peut que supposer d’éventuels retournements de situations.

DANS LA MÊME SÉRIE