‘Le Tueur de l’Ombre’ de Claire Favan

 

CLAIRE FAVAN – LE TUEUR DE L’OMBRE

Année de parution : 2011
Nombre de pages : 535
Genre : Thriller
Édition : Les Nouveaux Auteurs


Quatrième de couverture
Aux limites de l’insoutenable, une plongée dans les profondeurs abyssales de l’esprit du plus terrible des assassins où même le lecteur est manipulé ! Will Edwards, tueur en série de la pire espèce, parvient à s’évader grâce à un mystérieux complice. RJ Scanlon, profiler et chef d’une équipe d’enquêteurs du FBI qui l’avait lui-même mis sous les verrous, part à nouveau sur les traces de son ennemi le plus intime. Intime au point que cette évasion perturbe le couple que l’enquêteur forme désormais avec Samantha, qui n’est rien moins que… l’ex-épouse du criminel qu’elle a livré à la police. Nul doute que Will Edwards veut sa vengeance. Inexplicablement, l’assassin reste inactif et les mois s’écoulent. RJ Scanlon est dans l’impasse. Mais, lorsque les meurtres reprennent, plus cruels que jamais, Edwards frappe au plus juste avec une telle évidence que le doute s’installe. De subtiles variations dans la signature du dément sont perceptibles. Ont-ils affaire à un imitateur ? Non, bien pire…


RAPPEL

Le Tueur de l’Ombre est la suite directe du premier roman de Claire Favan : Le Tueur Intime. On ne peut plus directe même, car le récit commence au moment précis où s’achève Le Tueur Intime. L’auteure ne laisse donc aucun répit. Pas le temps de reprendre son souffle que l’on est à nouveau happé dans la vie cauchemardesque de Will Edwards. Petite piqûre de rappel, Will est présenté comme l’un des pires tueurs en série sévissant aux États-Unis. RJ Scanlon, profiler émérite, s’y casse les dents. Jamais il n’a connu un cas pareil. Tel un virtuose de la mort, le serial-killer sème ses victimes dans une symphonie parfaite dont lui seul détient les secrets.

ÉVOLUTION

Comme si une histoire ne suffisait pas, Claire Favan préfère en remettre une couche et va pousser le vice à son paroxysme dans ce second volet. Les personnages initiaux sont toujours de la partie, plus très frais et psychologiquement touchés par une bataille rudement menée. Du sang neuf arrive afin de rebooster les lignes, une nouvelle équipe se met progressivement en place. Les dés sont jetés, il n’y a plus qu’à s’enfoncer dans cette jungle, aux frontières de la folie. Will s’est échappé de prison. La tension est immense, le monstre est libéré dans la nature, prêt à frapper de nouveau. Ce qui sera le cas, mais lorsque RJ et son escouade débarquent sur la première scène de crime, rien ne va plus : Will a changé. Son empreinte a évolué, devenant plus sanglante qu’elle ne l’était auparavant.

À l’instar de l’intrigue du tueur intime, l’auteure ne fait que peu de mystères sur son récit. Elle divulgue rapidement les différents antagonistes et propose de suivre leur quotidien, d’épier leur évolution. C’est un point de vue intéressant car Will est censé être au sommet de la chaîne alimentaire. « Censé » ne veut pas dire l’être. Les compteurs sont remis à zéro et Favan dévoile un aspect pour le moins surprenant du tueur au physique d’Apollon. Sans oublier le nouvel adversaire du FBI, un « dompteur » doté d’une incroyable intelligence. Une affiche alléchante.

AMBIGU

Fort de ces qualités, Le Tueur de l’Ombre est pourtant moins incisif que son aîné. Dialogues parfois lourds et beaucoup trop développés, le rythme peine à s’emballer malgré un dernier quart enthousiasmant. Les nombreuses interventions des agents du FBI traînent en longueurs et leurs déductions m’ont fait bailler plus d’une fois. L’auteure a le souci du détail, chaque aspect de l’enquête est approfondi au maximum, comme autant d’oranges que l’on aurait pressé jusqu’à la dernière goutte, mais cela ne m’a pas emballé. La fin surprenante fait place à un dilemme ambigu : je me suis ennuyé, et pourtant j’ai globalement apprécié cette lecture. Surprenant.

DU MÊME AUTEUR
Le Tueur Intime

‘Charade’ de Laurent Loison

Charade

LAURENT LOISON – CHARADE

Année de parution : 2015
Nombre de pages : 422
Genre : Thriller
Édition : Nouvelles Plumes


Quatrième de couverture
Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé, le visage encore marqué par la douleur de la torture qu’elle a subie. Dans une enveloppe abandonnée sur l’atroce scène de crime, une simple phrase : « les premiers seront les derniers ». Bientôt ce sont d’autres victimes, d’autres messages… Et un mystère qui reste entier.
Pour arrêter ce jeu sordide, le 36 quai des Orfèvres a missionné le commissaire Florent Bargamont. Le brillant mais glacial enquêteur fait équipe pour la première fois avec une jeune et enthousiaste criminologue, Emmanuelle de Quézac. Malgré les rivalités qui font rage au sein du 36, le duo d’enquêteurs se lance à corps perdu à la poursuite de ce tueur en série aussi terrifiant qu’inhumain.


NOVATEUR

Un tueur sévit sur la capitale française. Un assassin méthodique, cruel, qui se joue des forces de l’ordre au gré de ses envies, comme le ferait un marionnettiste avec ses pantins. Une traque qui s’étalera sur six mois, période durant laquelle les nerfs des policiers seront mis à rude épreuve. Car le meurtrier, outre les cadavres qu’il laisse derrière lui, semble faire preuve d’une imagination surprenante au royaume sanglant des serial killers. En effet, celui-ci use de techniques improbables, novatrices, qui sèment le trouble au sein du fameux 36 Quai des Orfèvres. Que veulent dire les messages laissés sur chaque scène de crime ? Que signifient ces indices, ces traces indéchiffrables élaborées par le tueur ?

FLOTTEMENT

Détail singulier, ce roman débute par sa fin. Ou presque. Car sans rentrer dans les détails — heureusement — , Laurent Loison nous fait comprendre que l’homme le plus recherché de France a vu son funeste parcours s’arrêter brusquement, tué lors d’une fusillade. Le commissaire nouvellement promu du 36 tient un discours devant une assemblée conquise quand une personne fait irruption, provoquant un flottement dans la salle. Qui est-elle ? Nous allons rapidement le savoir, mais déjà la curiosité prend le dessus.

CONTRASTE

L’auteur rembobine ensuite six mois en arrière, pour nous expliquer plus amplement l’épopée sanglante du tueur à la charade. Et l’on peut constater que ce dernier ne fait pas dans la dentelle. Des meurtres sanglants, d’un sadisme prégnant. Un énorme contraste avec la finesse de son énigme. Servie par des personnages soignés et charismatiques, l’histoire est plaisante et se lit tranquillement, malgré parfois de longues tirades ennuyantes. Loison agrémente tout de même son récit d’originalités bien senties et c’est justement là que réside le plaisir de la lecture. Son dénouement est très travaillé, peut-être un peu trop, ce qui fait que la compréhension totale de l’intrigue peut en prendre un coup. Mais l’épilogue, excellent et tellement vrai, met un terme à une course poursuite invraisemblable.

‘La Compassion du Diable’ de Fabio M. Mitchelli

La Compassion du Diable

FABIO M. MITCHELLI – LA COMPASSION DU DIABLE

Année de parution : 2014
Nombre de pages : 384
Genre : Thriller
Édition : Fleur Sauvage


Quatrième de couverture
1963 – Une nuit dans l’Ohio… impulsive. Suivront des corps, dans des barils en plastique.
1981 – Deux enquêteurs, hantés par leur passé. Le cannibale de Cleveland… et vous.
Votre compassion… celle pour le diable.


Sombre et tortueux. Une rencontre avec le Diable, voilà ce qu’est ce roman. Un face-à-face dément, au paroxysme de l’horreur, où l’auteur ne nous épargne rien. Vraiment rien. L’avertissement en guise de prologue n’est pas mis là par hasard, tant les descriptions nauséabondes et délirantes heurtent notre conscience. Un véritable déluge qui ne cesse de nous fracasser le crâne. Et quand on sait que Fabio Mitchelli s’est inspiré de faits réels…

PESTILENCE

1981 – Cleveland, aux États-Unis. Deux corps sont retrouvés dans des barils de plastique, au cœur d’un parc national. Enterrés depuis des années, ils ont refait surface à la faveur de travaux horticoles effectués dans les bois. L’un des cercueils est éventré, laissant s’échapper des effluves pestilentielles, à se retourner l’estomac. Le début du cauchemar pour la police locale. Car en mettant à jour ce charnier, ils vont découvrir l’existence d’une bête, un monstre tapi dans l’ombre, frappant et déchirant les âmes humaines depuis plus de quinze ans.

MALAISE

Mitchelli ne passe par quatre chemins, ne cherche pas à suggérer les choses. Non. Il balance ces ignominies sur la table de manière crue comme on jetterai un gros morceau de barbaque nécrosé, rongé par les mouches attirées par  l’odeur du sang. Usant d’un champ lexical éloquent, la puissance des mots agresse la vue et l’odorat, provoquant parfois un sentiment de malaise. Comment un être humain peut-il être capable de telles horreurs ? Comment ? Car le pourquoi, nous l’avons, dès le début, ou presque. L’auteur dévoile rapidement l’identité de celui qui sera surnommé « le cannibale de Cleveland ». Et pourtant, son écriture nerveuse et incisive parvient à garder une constance survitaminée, sans temps morts. Une maîtrise indéniable, au milieu des morts qui jonchent les pages du roman.

APPÂT

L’histoire n’est pas forcément fluide pour autant, car le triangle narratif mené tambour battant paraît, par moments, confus. Mais l’appât est trop appétissant pour ne pas mordre à l’hameçon. Le lecteur est ferré, pas sûr qu’il en ressorte indemne.

Enregistrer

Enregistrer

‘Des Enfants Trop Parfaits’ de Peter James

Des Enfants Trop Parfaits

PETER JAMES – DES ENFANTS TROP PARFAITS

Année de parution : 2014
Nombre de pages : 546
Genre : Thriller
Édition : Fleuve Noir


Quatrième de couverture
Naomi et John ont perdu leur fils unique, emporté par une maladie génétique rare à l’âge de 4 ans. Aujourd’hui, des années plus tard, ils se sentent enfin prêts à refonder la famille dont ils ont toujours rêvé. Lorsqu’ils entendent parler du docteur Dettore, généticien visionnaire, ils voient en lui l’homme providentiel. Dettore connaît une méthode infaillible pour que leur prochain enfant ne soit pas atteint de la même pathologie. Comment résister à la promesse d’un bébé en bonne santé ?

Ils auraient pourtant dû être alertés par la liste qu’on leur a remise : choix de la couleur des yeux, de la taille, des traits de caractère, des aptitudes sportives… Trop tard pour faire marche arrière. Naomi est enceinte, et déjà quelque chose ne tourne pas rond.


EUGÉNISME

Une solution désespérée, la tentation de l’eugénisme…
John et Naomi Klaesson ont choisi de basculer dans les méandres obscurs de la science, prêt à tout pour se donner une nouvelle chance. Heurtés de plein fouet par la mort de leur jeune garçon quelques années auparavant, le couple prend une décision délicate et clairement dérangeante : avoir un bébé ‘sur mesure’.
Bercés par cette perspective séduisante, ils se tournent alors vers un chirurgien à la renommée aussi sulfureuse que controversée : le Dr. Dettore. Ce dernier leur promet l’impensable. Sélectionner, gène par gène, les caractéristiques physiques et mentales de leur prochain enfant. Un enjeu de taille, où l’éthique n’a plus sa place. Bien qu’effrayés par de telles manipulations, ils acceptent cette sombre promesse, au détriment de toute morale.
Car sous ce vernis se cache de terribles vices. On ne joue pas avec la Nature…

ÉLITISME

Posant sans relâche questions, la trame de ce roman est excellente de par sa construction. Critique envers ces avancées scientifiques, envers ces institutions à la recherche d’un élitisme aveuglant, Peter James procure un flot de sensations à travers ce récit mené tambour battant. Mêlant le thriller à l’anticipation, l’histoire dresse un portrait peu reluisant d’une société plus égocentrique que jamais, constamment à la recherche d’un bonheur illusoire. Et franchement, le résultat est excellent. La progéniture OGM de John et Naomi se rendra facilement compte de cette supercherie désincarnée que l’on nomme humanité. Même si tout n’est pas à jeter, fort heureusement.

PESSIMISME

Acculés par les agissements meurtriers d’une secte fanatique, John et Naomi vont vite se retrouver confrontés à une peur immuable, les contraignant à vivre dans un pessimisme saisissant. Ont-ils fait le bon choix ? Que leur réserve l’avenir ? Des questions sensibles, qui trouveront réponses dans un final terrifiant, d’une profonde tristesse.

‘La Fille du Train ‘ de Paula Hawkins

La Fille du Train

PAULA HAWKINS – LA FILLE DU TRAIN

Année de parution : 2015
Nombre de pages : 378
Genre : Thriller
Édition : Sonatine


Quatrième de couverture
Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…


DILEMME

Propulsé best-seller avant même sa sortie en mai 2015, droits acquis par les producteurs de Dreamworks Pictures dès 2014 pour une adaptation cinématographique, autant dire que le premier roman de Paula Hawkins était grandement attendu. Et comme toute œuvre suscitant un tel engouement, La Fille du Train divise la caste littéraire. Il est apprécié autant qu’il déçoit. Terrible dilemme. Dans quel camp se ranger ? À qui se fier ? Ouvrons les premières pages pour comprendre le phénomène.

LIBERTÉ ÉPHÉMÈRE

Rachel est une jeune anglaise un peu paumée. Peu d’ami(e)s, divorcée, alcoolique, elle traîne ses fardeaux tel un prisonnier enchaîné à son boulet : avec résignation. Sa seule bouffée d’oxygène dans cette déperdition ? Ses voyages en train. Elle adore. Peut-être un peu trop. Assise sur un siège confortable, elle scrute le paysage qui défile sous ses yeux. C’est le même qu’elle aperçoit jour après jour, selon des heures bien précises. Quand elle part à son travail le matin, puis quand elle fait le chemin inverse le soir. Un trajet défini qu’elle connaît par cœur, qu’elle a appris à aimer avec le temps, au point de s’en être créée une réalité virtuelle, comme pour fuir un présent trop lourd à porter.
Une bulle de liberté éphémère jusqu’à ce que ce monde imaginaire s’effondre sous ses yeux, ouvrant une brèche sur le passé.

APPARENCES

La particularité de ce roman réside dans son découpage : l’action se déroule soit le matin, soit le soir, entre espoirs et désillusions. Ajoutés à cela les points de vue de trois personnages — trois femmes — qui s’enchaînent, et l’originalité est assez sympathique pour être soulignée. Mais au-delà des apparences, le rythme reste mou, aussi assumé soit-il. Peu de péripéties à se mettre sous la dent, l’auteure misant sur l’alcoolisme de Rachel pour établir une ambiance délétère. On ne peut s’empêcher de se demander si ce qu’elle dit, ce qu’elle pense, est vrai. À-t-elle perdu la raison ? À-t-elle imaginé ce qu’elle a vu ?
L’ensemble manque de punch pour vraiment vouloir connaître la réponse. Voilà, je sais maintenant dans quel camp je me positionne.
Sans rebondissements, ce récit linéaire ne tente même pas de bifurquer vers de fausses pistes, ces pièges dont on aime se délecter. C’est bien dommage. Sans être un mauvais roman, son attente et l’aura qui l’entoure n’en font qu’ajouter à cette déception.