‘Ça T.1’ de Stephen King

Ça T.1

STEPHEN KING – ÇA T.1

Année de parution : 1986
Nombre de pages : 499
Genre : Horreur
Édition : J’ai Lu ‘Épouvante’


Quatrième de couverture
La terreur s’incarna pour la première fois dans un bateau en papier journal dévalant un caniveau gonflé d’eau de pluie. Un petit garçon courait gaiement à côté. Il s’appelait George et avait huit ans… Pris dans un tourbillon, l’esquif disparut dans une bouche d’égout. L’enfant mis un genou à terre, se pencha…
Des yeux jaunes le regardaient, des yeux comme ceux qu’il avait imaginés le guettant dans la cave… « Salut, Georgie ! » fit une voix… Un clown se dressait dans l’égout. Sa main noueuse comme une patte de rapace tenait un lot de ballons colorés… George tendit le bras… Dans la rue, les gens ne virent qu’un gamin en ciré jaune qui hurlait et se tordait dans le caniveau…
Œil de salamandre, Queue de dragon, Main de gloire, quoi que ce fût, c’était là de nouveau… ÇA ! L’ordure aux cent têtes…


Ce pavé de près de 1600 pages  (divisé en deux voire trois tomes selon les éditions) est l’une des pierres angulaires de l’immense bibliographie de Stephen King. Considéré par beaucoup comme son chef-d’œuvre, surpassant même son magnum opus La Tour Sombre, Ça est une magnifique ode sur l’amitié. Une amitié entre sept enfants. Nous sommes alors en 1957, et la petite ville de Derry est la proie d’une entité maléfique millénaire massacrant de nombreux enfants.

PIERRE ANGULAIRE

Ça est un bloc passionnant qui peut cependant vite se révéler harassant si l’on a l’impression de se retrouver dans son ventre mou au bout d’un moment. Car en bon Stephen King qui se respecte, les descriptions sont parfois poussées à l’extrême, au détriment de l’avancée de l’intrigue. Mais cela permet au lecteur, s’il le souhaite réellement, de s’immerger complètement dans le roman et se donner l’occasion de vivre ces aventures cauchemardesques aux côtés du « Club des Ratés », surnom auto-attribué par les sept copains d’enfance.

Pour en revenir à l’édition, qui date de 1991, le livre a été découpé en trois parties d’environ 500 pages chacune. C’est une bonne idée, chaque partie ayant ainsi la taille d’un roman moyen. Sauf que le découpage laisse à désirer puisque le premier volume s’arrête brutalement au beau milieu d’une phrase…

Simple parenthèse n’affectant en rien la qualité du récit.

PEUR PROFONDE

Pour ce premier tome, l’histoire débute donc en 1957, avec en guise de préambule le premier meurtre du monstre à cette période. Cette chimère aux multiples facettes peut être considérée comme une merveille de trouvaille par l’auteur. Grippe-Sou, comme il se fait appeler, apparaît très régulièrement sous la forme d’un clown. Quoi de mieux qu’un clown pour matérialiser les peurs les plus profondes des enfants…
Même si c’est là son apparence de prédilection afin d’appâter ses jeunes victimes, la bête se trouve être protéiforme et n’hésitera pas à se montrer sous divers aspects, celle-ci jouant sur la capacité des enfants à extrapoler certaines situations. Et là intervient la force des descriptions approfondies de l’auteur car elles permettent à ces peurs enfantines de mieux s’engouffrer en nous.

MANIFESTATIONS

Le récit alterne régulièrement entre la période de 1957, date des débuts du « Club des Ratés », et celle de 1984, soit vingt-sept ans plus tard. Le groupe d’amis a alors implosé, chacun ayant suivi un parcours différent, et tous ont inconsciemment balayé le moindre souvenir de leur jeunesse, fortement ponctuée de violence et particulièrement sanglante. Comme si celle-ci n’avait jamais existé. Jusqu’au jour où tous reçoivent un appel d’un ancien ami resté sur Derry, suite aux récents événements arrivés dans la ville. Chaque personnage est alors en proie à une peur primaire, celle des enfants terrorisés qu’ils étaient, et les souvenirs refont surface avec une brutalité les plongeant dans un état d’intense panique.
Car tous ont subi les événements lors de leur jeunesse, tous ont eu affaire à une manifestation de Ça. Ils ont combattu le Mal absolu et ont fait par la suite le pacte de revenir sur ces lieux si les meurtres et autres atrocités revenaient à hanter Derry. Ce qui sera le cas…

FRACTURES

Avec des flashbacks ponctuant à de très nombreuses reprises le récit, le King nous relate l’enfance des protagonistes principaux mais également celles de personnages secondaires, ceux-ci étant les trois brutes de l’école, véritables bourreaux du club d’amis. L’auteur nous explique comment les jeunes héros sont entrés en contact avec Grippe-Sou et ce qui se cache derrière l’amnésie les ayant frappé une fois l’âge adulte arrivé. Les fractures psychologiques du passé résonnent tout au long du récit, rendant certains passages difficiles, émouvants. Un panel d’émotions magnifique. Ce premier volume s’achève avec peu d’indices mais la puissance de l’amitié submerge le roman et c’est, pour le moment, l’un des atouts indéniables de cette œuvre culte.

DU MÊME AUTEUR
Cujo

‘Cujo’ de Stephen King

STEPHEN KING – CUJO

Année de parution : 1981
Nombres de pages : 360
Genre : Horreur
Édition : Albin Michel


Quatrième de couverture
« La chaleur tuera cet été ! Ça va être terrible « , avait prédit Evvie Chalmers, la doyenne de Castle Rock. Elle ne se trompait pas : l’été 1980 fut effectivement le plus chaud que Castle Rock eût jamais connu. Ce fut aussi un été sanglant.
En fait, tout commença le matin du 16 juin, lorsque Cujo, un Saint-Bernard aussi impressionnant que débonnaire, se fit mordre par une chauve-souris. Mais au fond, cela avait peut-être commencé dès le moi de mai, lorsque Tad Trenton avait cru voir un monstre, dans le placard de sa chambre…
Bien sûr, ses parents l’avaient rassuré, il avait fait un cauchemar, les monstres n’existent pas, voyons !

Ils se trompaient : même dans les petites villes paisibles, les monstres guettent, tapis dans l’ombre…


Stephen King aime donner un tour horrifique aux simples peurs enfantines. Quatre ans avant Ça et son clown tueur, l’auteur mondialement connu avait fait d’un gentil (et massif) Saint-Bernard le personnage clé d’un de ses romans. Sauf que le chien allait contracter la rage…

FISSURES

Castle Rock, la ville où se concentre l’histoire, a été le théâtre quelques années auparavant d’une série de crimes. Le tueur a été arrêté, celui-ci se donnant ensuite la mort. Mais ces atrocités perpétrées sont encore bien présentes dans les mémoires des habitants de cette petite bourgade du Maine.
Comme souvent, ou comme toujours, le King installe très lentement le décor. Une présentation très poussée de plusieurs protagonistes nous est exposée, et l’on découvre doucement des personnages ne menant pas la vie facile. Ils ne sont pas épargnés et, déjà bien avant l’arrivée de Cujo, leurs vies présentent des fissures.
C’est donc dans un contexte difficile et morose qu’évoluera tout ce petit monde.
Celui-ci est constitué principalement de deux familles que le chien, devenu dangereux, déchirera.

SUFFOCANT

L’auteur répand dans son roman une atmosphère générale suffocante, tant par le vécu des deux familles que par le climat en lui-même, pesant, harassant. Il ne donne aucun répit à quiconque, ou alors de très courte durée.
Le récit prend aux tripes, et la peur s’empare du lecteur en même temps que la tension monte dans l’histoire. En effet certaines situations relèvent du plausible, du réel, malgré certaines coïncidences pouvant paraître assez invraisemblables.

AGONIE

Et le point culminant de cette peur, c’est Cujo. Ou plutôt la bête sanguinaire et irréfléchie qu’il est devenu. Le chien, calme, attentionné et aimé des enfants au début, devient progressivement un animal rongé par la maladie. Stephen King propose le point de vue du canidé tout au long du roman. Sain d’esprit et joueur, prêt à sacrifier sa vie pour sa famille d’adoption, il voit ses pensées devenir troubles suite à la morsure d’une chauve-souris enragée. Il mène dès lors un combat acharné envers lui-même mais finira par abdiquer, au prix d’effroyables souffrances s’opérant dans son corps à l’agonie.
Sa souffrance est admirablement retranscrite et l’on ressent de la peine pour Cujo, lui qui était si affectueux.

Il est bien rare d’éprouver de l’empathie pour un monstre, et c’est là une des grandes qualités de ce roman.

DU MÊME AUTEUR
Ça T.1