‘Patients’ de Grand Corps Malade

GRAND CORPS MALADE – PATIENTS

Année de parution : 2012
Nombre de pages : 163
Édition : Don Quichotte


Synopsis
Il y a une quinzaine d’années, en chahutant avec des amis, le jeune Fabien, pas encore vingt ans, fait un plongeon dans une piscine. Il heurte le fond du bassin, dont l’eau n’est pas assez profonde, et se déplace les vertèbres. Bien qu’on lui annonce qu’il restera probablement paralysé à vie, il retrouve peu à peu l’usage de ses jambes après une année de rééducation. Dans son livre, où il se fait pour la première fois auteur d’un récit en prose, il raconte, avec humour, dérision et beaucoup d’émotion, les douze mois passés en centre de rééducation et relate les aventures tragiques mais aussi cocasses vécues par lui et ses colocataires d’infortune.


Qu’il est bon parfois de s’aventurer hors des sentiers balisés. Moi qui suis amateur de frissons d’horreur, j’ai voulu me laisser tenter par cette courte « biographie » signée Fabien Marsaud, plus connu sous le pseudonyme de Grand Corps Malade. Véritable hymne à la vie, bouffée d’espoir vivifiante, ce livre empreint de respect et d’humilité pourrait (devrait ?) être lu par le plus grand nombre. Facile d’accès, une écriture simple, sans fioritures, une histoire qui se lit très vite : on penserait presque tenir entre les mains un roman jeunesse, mis à part la gravité du sujet qui ne laisse guère place au doute.

DÉRISION

Fabien Marsaud à vingt ans lorsque sa vie bascule. Passionné de sport, promis à un brillant avenir sportif, un accident de piscine brise l’élan du jeune homme. Vertèbres déplacées, admission aux urgences, lourde opération. Direction le centre de rééducation ou, comme il le dit lui-même, il rencontrera toute la crème du handicap bien lourd. Décrivant sans pudeur son nouveau quotidien, Fabien propose des séquences de vie, morceaux de situations vécues alternant entre humour et dérision, sans verser une seule fois dans le pathos. Pas un mince exploit au vu du contenu.

DÉLUGE D’ÉMOTIONS

Car si cet ouvrage dégage une telle intensité, c’est bien grâce à son humour omniprésent. En effet, impossible de ne pas sourire en imaginant les situations complètement saugrenues émaillant le séjour au centre. Je dois bien avouer que je n’avais pas autant ri en lisant un livre  depuis… heu… très longtemps. Impensable quand on imagine le degré de souffrance physique et morale de ces personnes handicapés. En choisissant la carte de la dérision, le message est clair : il ne faut jamais baisser les bras, même devant les pires épreuves. Et puis, quand on croit être au fond du gouffre, il suffit de regarder à côté pour comprendre qu’il y a toujours moins bien loti.
Que l’herbe n’est pas verte ailleurs.

C’est beau et puissant à la fois. Patients libère un déluge d’émotions auquel il est difficile de résister. Entre les amitiés qui se créées, les tensions qui se révèlent si insignifiantes au sein d’un tel univers et les confidences intimes, le slameur écrit là un petit bijou d’authenticité. J’aurais délaissé, le temps d’une lecture, les frissons d’horreurs à ceux procurés par une chaleur fraternelle. Sans regrets.